Il n'y a pas de hasard. L'équipe de France est à sa juste place dans le groupe II. Depuis quatre ans, les Bleues disputent les barrages. Depuis quatre ans, elles marchent sur un fil. Depuis quatre ans, elles sont sous respiration artificielle. A Lerida, elles redescendent sur terre et tombent en deuxième division pour la première fois depuis 1963, la création de la Fed Cup. C'est triste mais logique.
On peut toujours gloser sur les choix du capitaine lors de cette rencontre. Pourquoi avoir choisi Pauline Parmentier pour disputer le dernier simple ? Pourquoi ne pas avoir titularisé Alizé Cornet à la place d'Aravane Rezaï pour affronter Maria Jose Martinez Sanchez ? Pourquoi ne pas céder aux exigences de Marion Bartoli ? Toutes ces questions sont légitimes, mais elles dévient l'esprit du vrai problème.
Cette descente au purgatoire n'est pas conjoncturelle mais structurelle. Elle dénote tout simplement le vide du réservoir du tennis féminin français en pleine crise depuis les arrêts d'Amélie Mauresmo, Nathalie Dechy ou Mary Pierce. Les deux meilleures joueuses tricolores, Marion Bartoli et Aravane Rezaï, ne sont pas issues du système fédéral. Et les vraies questions arrivent... Où est la relève ? Pourquoi la Fédération a délaissé la formation pendant quelques années en fermant notamment l'Insep pour les jeunes filles ? Pourquoi ne pas utiliser actuellement l'expérience de la génération dorée de 1979 ? Pourquoi ne pas faire appel à des coaches étrangers ou français spécialisés en tennis féminin ?
Et la défaite (6-4, 6-4) de Pauline Parmentier contre Lourdes Dominguez-Lino et de l'équipe de France en Espagne ne peut répondre à ces interrogations de fond. Ce n'est qu'un épiphénomène. En Espagne, la France paie un manque de travail sur le long terme et cela n'a rien à voir avec les performances d'Aravane Rezaï, Virginie Razzano ou Pauline Parmentier qui ont le mérite d'être là et de se battre avec courage. Le tennis français s'est reposé sur ses lauriers. Comme l'autruche, il s'est mis la tête dans le sable et n'a pas regardé les nuages à l'horizon. Les fruits du travail (ou plutôt du non travail) se récoltent à Lerida avec une descente historique. Il n'y a pas de hasard. - Sophie DORGAN