Ivan Ljubicic s'est offert un très joli cadeau au lendemain de son anniversaire, tandis que Nadal s'est lui offert le droit de se prendre la tête jusqu'à Miami. L'ex n°1 mondial a en effet inexplicablement coincé alors qu'il avait l'emprise sur le match. Il doit encore se demander, comme beaucoup, ce qui s'est passé. Jusqu'à 6-4, 3-2 et quatre balles de break, Nadal était en train de donner une leçon au vétéran croate. Enorme en coup droit, surtout décroisé, très bien physiquement et imposant une grande longueur de balle, il semblait survoler la rencontre.
Et puis Ljubicic s'est accroché à sa mise en jeu et la petite fissure manifestement toujours sous-jacente sur la confiance de Nadal est devenue une plaie béante. Envolé le timing en coup droit, envolée la qualité de jeu de jambes, envolée la première balle. Soudain, le revers s'est rejoué slicé et défensif et sa balle a perdu un mètre en longueur en même temps que les fautes en coup droit se sont accumulées. Il n'en fallait pas plus à l'expérimenté Ljubicic, qui vit une seconde jeunesse depuis deux saisons, pour y croire et revenir. Le match avait définitivement changé de visage et même la balle de 5-3 contre lui dans la dernière manche ne l'a pas fait cogiter. L'exploit dans la raquette, il n'a pas tremblé et est allé cueillir un jeu décisif à sens unique face à un adversaire tétanisé par sa faillite.
S'il faut donner énormément de crédit à Ljubicic pour sa victoire, on ne peut pas occulter le trou noir vécu par le n°3 mondial ce samedi. Face à un adversaire qui, dans le vent, avait beaucoup de mal à contrôler son lift, le Majorquin s'est liquéfié tout seul d'un coup et sans véritable raison. Il subit ainsi une très mauvaise défaite qui, dans la manière, rappelle celle subie en finale de Doha face à Davydenko avec pour les premières fois depuis des années l'impression que c'est mentalement que Nadal craque. Un comble pour ce joueur mais une nouvelle preuve que la saison passée a laissé des traces ailleurs que dans le physique de l'ancien boss du circuit.
Car cette semaine le point positif est bien que l'Espagnol a rassuré sur son état physique en bougeant bien mieux que ces précédents mois, retrouvant du coup sa gifle en coup droit et son agressivité. Mais cette nouvelle incapacité à tuer un match, cette panique qui s'installe et qui soudain le renvoie si loin de sa ligne de fond laissent ouvert le dossier reconstruction qu'on était prêt à refermer après un set et demi pour rouvrir celui de la reconquête. Manifestement, les victoires face à Isner et Berdych n'ont pas suffi comme déclic à Indian Wells. Ivan Ljubicic, en 2h34' de jeu, a de nouveau donné un coup de massue à sa confiance. «C'est une victoire fantastique. Rafa était si fort en début de match que je ne savais pas ce que j'allais pouvoir faire.» Une victoire du Croate qui arrive comme une légitime récompense pour tout le travail accompli afin de revenir à son meilleur niveau. Une belle leçon d'amour du jeu et de ténacité.
Carole BOUCHARD