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Quelle intensité ! Jusqu'au bout, la finale des hommes aura obligé à retenir son souffle. Avec l'affirmation d'une nouvelle génération, emmenée par le Canadien Patrick Chan, vice-champion du monde comme l'an dernier, à seulement dix-neuf ans. Dans son sillage, on suivra très vite le Tchèque Brezina, l'Américain Rippon, le Japonais Kozuka, même s'il a dégringolé dans le classement, voire le Français Florent Amodio, seulement 15e hier, mais qui possède le talent pour accrocher ce joli wagon. Seulement, dans la Palavela de Turin, les jeunes auront encore du se coltiner quelques « anciens » encore frais. Et, à ce petit jeu, c'est Daisuke Takahashi qui a remporté le gros lot. A tout juste 24 ans (depuis le 16 mars), le seul rescapé du podium olympique (3e) a offert au Japon son premier titre mondial chez les hommes. Il accède enfin à ces sommets qu'on lui prédisait depuis tant d'années.
C'est parce qu'une patinoire venait d'être construite à côté de chez lui que l'enfant d'Okayama se trouva patins aux pieds. Mais sa mère l'avait d'abord dirigé vers le hockey sur glace. Pas question lui signifia le fiston de huit ans qui n'aimait pas le costume et les protections afférentes. Lui se sentait déjà artiste et le prouverait. De fait, dès sa première participation aux Mondiaux juniors, en 2002, il remporte le titre et rejoint aussitôt les rangs seniors. Mais l'apprentissage est laborieux. Pendant plusieurs années, Takahashi est considéré comme l'un des plus inconstants du circuit. Talentueux, mais tellement faillible. Entré à l'université des sciences de Kansai, il progresse enfin, partageant son temps entre Osaka, où il travaille avec Utako Nagamitsu, et le New Jersey, où il affine son style sous la coupe de Nikolaï Morozov. Les résultats le récompensent enfin. En 2007, devant son public, il succède à Takeshi Honda, deux fois médaillé de bronze, offre au Japon sa première breloque d'argent mondiale. Et si c'est bien Brian Joubert qui est sacré champion du monde, c'est lui, Takahashi, qui remporte le programme libre. On sent alors le règne approcher. D'autant qu'en 2008, il se permet de battre le record du monde officieux établi par le Russe Evgueni Plushenko lors de son titre olympique à Turin, en totalisant 264,41 points lors de sa victoire aux Championnats des Quatre Continents. Mais ses vieux démons le rattrapent et il échoue dans la foulée au pied du podium mondial à Göteborg (2008).
Les belles histoires ne s'écrivant qu'avec un minimum d'entraves, Takahashi traverse alors une période douloureuse. En mai 2008, il se sépare de Morozov. Il ne supporte pas que le coach russe ait accepté d'entraîner son grand rival Nobunari Oda. Pis, victime d'un sérieux accident à l'entraînement, il est opéré le 26 novembre 2008 du genou droit pour un ménisque cassé et une rupture du ligament antérieur. Coup dur. Il ne peut reprendre l'entraînement qu'en mars 2009, n'effectue ses premiers sauts simples qu'en mai. Mais, à force de courage, d'abnégation, il revient doucement, et décroche donc la médaille de bronze olympique.
Une victoire sur lui-même, et une leçon pour ses adversaires les plus frileux. Car le Japonais, artiste accompli, aurait pu gagner le titre s'il ne s'était obstiné à vouloir tenter le quadruple dans son libre. C'est lui qui obtint les meilleures notes artistiques, mais il chuta sur son saut initial. L'a-t-il regretté ? « Non, j'avais un idéal de performance pour remporter un titre olympique, et il passait par le quad », déclara-t-il. Hier, l'audace fut décuplée. Car c'est un quadruple flip, difficulté inédite, qu'il a débuté son programme libre. Incomplet, peut-être, sur deux pieds, sans aucun doute, mais tellement réjouissant. Même Joubert appréciera. Le Français, lui, avait à coeur de relever la tête après sa désillusion olympique (16e). La troisième de sa carrière, et sûrement la dernière, puisqu'il annonce ne vouloir s'entêter que jusqu'aux Mondiaux de Nice en 2012. Mais ce poids énorme, il a su s'en accommoder. Au lendemain d'un solide programme court (3e), il a réussi à vriller deux quadruples sauts d'entrée, hier. Un exploit qu'il n'avait plus réalisé depuis décembre 2006, sa victoire en finale du Grand Prix à Saint-Pétersbourg, lors de cette saison d'anthologie et d'invincibilité. «Je tombe encore sur le triple lutz, mais ce n'est pas grave. L'important, c'est ça, d'avoir réussi les deux quads», déclara le Français. A vingt-cinq ans, il décroche la médaille de bronze, la quinzième de sa collection internationale, la sixième mondiale. Une performance qui n'efface pas l'échec de Vancouver. Qui panse à peine ses plaies. «Cette médaille, je la dédie à ma mère, qui a toujours été là », remercia-t-il. Dans ses sanglots, on pouvait mesurer le chemin parcouru depuis un mois.- C.L. à Turin

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