Six ans que le XV de France se languissait d'un Grand Chelem. Dans une hiérarchie historique, on ne le classerait peut-être pas au premier rang. Mais en ajustant leurs gestes dans un ton, sur un rythme qui les soudent et les font fructifier en commun, les Bleus de Marc Lièvremont nous proposent une sorte de modèle de sobriété, de fraternité, d'efficacité. «On avait annoncé devoir remporter le Tournoi, rappelle Emile N'Tamack. Chose faite, bien faite même puisque qu'au delà de nos espérances, on a ramené le Grand Chelem. Le bilan est extrêmement favorable et encourageant pour la suite. On sait que d'autres échéances vont arriver très vite. Il faut déjà digérer ce Tournoi.» Désormais performants dans la continuité, les Tricolores se projettent sur leur prochaine Tournée en Afrique du Sud et en Argentine pour «valider ce VI Nations.»
L'Irlande battue pas l'Ecosse, battue par l'Italie, battue par le pays de Galles, battu par l'Angleterre, battue par la France. A l'exception du XV du Coq, ce Tournoi aura été marqué par une grande inconstance dans les performances. «Il faut aussi prendre conscience que l'on a eu la réussite nécessaire, avoue N'Tamack. Il faut toujours mesurer la valeur de l'exploit. Il y a une très faible latitude entre réaliser un Grand Chelem, gagner un Tournoi et finir troisième. On sait très bien qu'il peut y avoir une régression.» «Faire un Grand Chelem ça sort de l'ordinaire, murmure Marc Lièvremont. Et puis, c'est une fierté par rapport aux comportements même si tout n'a pas été abouti. Pour nous, c'est une base essentielle.»
Ils ont gagné le Grand Chelem à trente. Et pourtant, bon nombre de cadres de la Tournée d'automne étaient absents pour blessure : Fabien Barcella, Romain Millo-Chluski, Maxime Mermoz & co. «Faire le deuil d'un joueur blessé, c'est déterminant pour un staff. La forte concurrence positive va permettre au groupe de progresser et de hisser son niveau», insiste Didier Retière. «On savait que l'on avait un groupe large même si parfois c'était au pied levé, se félicite N'Tamack. Les joueurs ont démontré qu'ils étaient capables d'intégrer l'équipe et d'être performants rapidement. Il faut s'en féliciter.» Avec la Tournée en Afrique du Sud et en Argentine qui se profile, l'encadrement français dispose donc d'une quarantaine de joueurs candidats pour revêtir la tunique bleue.
La mêlée a certainement permis au XV de France de remporter le Grand Chelem. Mais la discipline des Bleus aura été tout aussi décisive. «L'apport de Joël Judge a été essentiel, reconnaît Lièvremont. Mais ce qui l'est tout autant, c'est le comportement de l'équipe depuis deux ans qui essaye de pratiquer un rugby positif. Elle peut se tromper, faire des fautes bêtes mais jamais réellement intentionnées. Je pense que les arbitres le perçoivent.» Et Didier Retière d'ajouter, «on ne les lâchera jamais la dessus.»
«L'Australie arrive en tête de liste de nos prochains challenges. Mais ça fait un moment que l'on pense - on essaye ne de pas le dire trop fort - que l'on peut gagner les meilleurs...» (Marc Lièvremont)
En l'espace de huit mois, la France peut donc s'enorgueillir d'avoir fait chuter les All Blacks sur leur long nuage blanc, les Champions du monde springboks et les Champions d'Europe irlandais, invaincus en douze matches. De quoi marquer les esprits ! «C'est certain qu'on doit commencer à imposer un certain respect», glisse l'entraîneur des Bleus. «Il y a encore un an et demi de travail mais on est plutôt dans les temps, assure de son côté Retière. Le jeu est en train de se mettre en place. Il y encore des progrès à faire. Mais la mise en place de tout le fonctionnement pour la Coupe du monde est quasiment fait.»
«Il nous reste encore une équipe comme l'Australie qui ne nous réussit pas, rappelle N'Tamack». «Les Wallabies arrivent en tête de liste, insiste le sélectionneur. Mais aller gagner en Angleterre et en Irlande sera également important. Remporter un Tournoi une année impaire. Des challenges, il y en a quelques-uns.» Marc Lièvremont peut s'éclipser de l'ultime conférence de presse avec ces derniers mots. «Ça fait un moment que l'on pense - on essaye ne de pas le dire trop fort - que l'on peut gagner les meilleurs...»
Vincent PERE-LAHAILLE

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