Frédérick Bousquet a surpris son monde en remportant vendredi à Montpellier la finale du 100 m (47''15) au nez et à la barbe d'Alain Bernard, perturbé dans sa nage par des problèmes de lunettes. Le Perpignanais s'octroie ainsi l'unique quota restant pour les Mondiaux de Rome. Amaury Leveaux, 4e, devra se contenter du relais et du 50 m nage libre dont il détient déjà l'un des deux quotas.
C'est à la fois beau et cruel. Beau, car Frédérick Bousquet a réalisé un 100 m incroyable. Premier sur l'aller en 22''35, il a tenu sur la longueur pour aller toucher le premier et s'octroyer la troisième meilleure performance de tous les temps (après Alain Bernard en 46''94 et Eamon Sullivan 47''05). Beau, car finir en 47''15 est une excellente performance. A titre de comparaison, Alain Bernard est devenu champion olympique à Pékin en 47''21 ! Beau, car l'élève de Maxime Cornillier à Marseille confirme son excellent début de saison. Meilleur performer de l'année sur la distance (48''48) avant de se jeter à l'eau dans la piscine Antigone, il s'est également montré fin gestionnaire depuis les débuts des championnats. Discret jusqu'à la demi-finale du 100m (il a réalisé le 7e temps des demies mercredi), il est allé chercher l'unique billet pour les Mondiaux au moment le plus important. Et beau enfin, car sur ce podium, figurent trois nageurs français au dessous des 48'', une boîte sur laquelle Amaury Leveaux, 4e, n'est pas monté. Mais on entre ici dans le domaine du cruel, car la technologie a une nouvelle fois pris le pas sur le sportif.
Meynard : «Pas une joie immense»
« Qui nage avec quoi ? » devient la grande question que tout le monde se pose. Le scepticisme sur la qualité des performances gagne de plus en plus de terrain. Ainsi, William Meynard, troisième en 47''97, équipé d'une Jaked et complètement inconnu du grand public, n'était même pas réjoui de sa performance. « Ca me fait bizarre », explique le nageur de Marseille, qui n'affichait aucune expression de joie en sortant du bassin. Etonnant pour un jeune garçon d'un peu plus de 20 ans, qui signera sa toute première sélection en équipe de France en relais 4x100 à Rome. « Je ne sais pas... c'est une satisfaction mais ce n'est pas une joie immense », poursuit le Marseillais, qui n'avait jamais nagé en dessous des 49'' il y a encore trois semaines.
Comme Meynard, les six premiers de la finale intégreront l'équipe du relais vice champion olympique à Pékin pour les Mondiaux de Rome. Maigre consolation pour Amaury Leveaux, 4e de la finale mais fidèle à ses convictions et habillé de sa Tyr règlementaire depuis le début de la compétition. « Amaury a été catégorique, il ne voulait pas nager avec une autre combi», a affirmé son entraîneur Lionel Horter. Seul nageur à rejoindre la finale vêtu d'une combinaison validée par la FINA jeudi, le Mulhousien a aujourd'hui été imité par Alain Bernard. Qui sait ce qu'il se serait passé si l'homme le plus rapide du monde (46''94) n'avait pas eu de problèmes de lunettes dès le départ de la course ? Aurait-il gagné dans son Arena homologuée ? Frédérick Bousquet aurait-il triomphé ? Le natif de Perpignan -et c'est tout à fait légitime-, explique que « la combinaison ne nage pas toute seule ». Mais au final, toutes ces questions n'auront jamais de réponses. Et c'est vraiment dommage.De notre envoyée spéciale, Peggy BERGERE, à Montpellier.

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