Blessures, défaillances, contre-performances et
même la fugue : les athlètes français ont pratiquement tout
connu à Sydney, sauf les bons résultats. Dans cette avalanche de
désillusions, les seules notes d'espoir viennent du jeune
miler Mehdi Baala (4ème du 1500 m) et du marathonien Mohamed
Ouaadi (8ème), dans les deux disciplines où les Français font un
progrès significatif par rapport aux Jeux d'Atlanta et aux
Championnats du monde de Séville.
Marie-José Pérec avait pourtant tout
donné pour préparer son défi olympique.
(Photo Reuters)
En champion, Stéphane Diagana a eu la
grandeur de se retirer avant la compétition.
(Photo L'Equipe)
S'il avait lancé à 82,38m, son
meilleur jet de la saison, Gilles Dupray
aurait écrasé le champion olympique
Ziolkowski de plus de deux mètres ! (Photo L'Equipe)
Mehdi Baala, déjà prêt à assumer le
leadership de l'équipe de France
d'athlétisme. (Photo l'Equipe)
Les grands noms à la dérive
La délégation française a
pourtant débarqué en Australie avec de sérieux
espoirs de médailles fondés sur des athlètes
habitués à s'exprimer à leur meilleur
niveau dans les grands rendez-vous. Au premier
rang figure la double championne olympique
d'Atlanta Marie-José Pérec, qui a offert au
public français la plus grosse déception de la
semaine d'athlétisme des Jeux Olympiques.
Préparée dans la douleur et le sacrifice à un
défi exceptionnel qu'elle aurait relevé ou
non, la gazelle a craqué nerveusement avant de
livrer son combat. Quoi qu'on en pense, son
choix lui appartient, mais c'est un immense
gâchis pour l'athlétisme français, qui se
serait régalé du spectacle d'un duel avec
Freeman, même
gagné par l'Australienne, et abstarction
faite de la comptabilité mesquine du tableau des
médailles.
L'autre Champion
olympique d'Atlanta, Jean
Galfione, n'a pas pu défendre son
titre avec toute la combativité qu'on lui
connait et qu'on attendait de lui à Sydney.
Une préparation retardée par une opération du
pneumothorax et une course au minima
angoissante, une saison complètement ratée avec
une série de trois "zéro" consécutifs
juste avant les Jeux, un immédiat avant-Jeux et
une compétition rendue cauchemardesque par des
douleurs persistantes aux tendons, toutes les
conditions étaient réunies pour que le Français
échoue. Il l'a fait. Dommage, surtout au
regard des médiocres performances des médaillés
du concours de la perche (l'or avec 5,90m
pour Hysong,
record olympique toujours pour Galfione).
De la même génération et
de la même trempe que Jean Galfione, Stéphane
Diagana a eu pratiquement les mêmes
ennuis. Champion du monde à Athènes, médaillé
d'argent à Séville, le hurdleur avait un
gros coup à jouer à Sydney. Mais lui-aussi a
collectionné les pépins physiques cette année.
Après une pubalgie et une convalescence
précédant une remise à niveau longue et
difficile, c'est une tendinite au genou
droit qui a eu raison des ambitions de Diagana
quelques jours avant le début de la compétition.
Et dire qu'avec un 400 mètres haies courru
en 48''70 au Stade de France, il
effectuait la course de rentrée la plus rapide
de sa carrière !
Une page est
donc tournée dans l'athlétisme français,
puisque ces trois immenses champions tenaient
leur dernière possibilité de s'illustrer
dans des Jeux Olympiques. Espérons qu'ils
trouveront le courage et la santé pour
poursuivre leur carrière jusqu'aux
Championnats du monde d'Edmonton et se
retirer sur une meilleure impression.
Du côté de la jeune
génération, il est difficile de trouver une
explication pertinente et satisfaisante à la
contre-performance de Christine
Arron. Incapable de comprendre elle-même
le pourquoi et le comment de ses difficultés à
sortir correctement des starting-blocks pendant
toute la saison, la recordwoman d'Europe du
100 mètres (!) n'a jamais réussi à corriger
sa mise en action. Logiquement, le parcours
d'Arron s'est arrêté en demi-finale,
alors que sa pointe de vitesse décoiffante
devrait la placer juste derrière Marion Jones.
Encore dommage.
Eunice
Barber, l'unique athlète titrée aux
Championnats du monde de Séville, gardera
elle-aussi un souvenir amer de
l'Australie. Tout avait pourtant bien
commencé au meeting de Götzis, où
l'heptatlonienne avait réalisé le meilleur
total de l'année (6842 points), toujours en
vigueur après la victoire de la Britannique
Denise Lewis.
Blessée pendant tout l'été, Barber
s'est présentée diminuée à Sydney et
probablement touchée par sa brouille avec son
entraîneur François Pépin, dont les tenants et
les aboutissants sont encore obscurs. Après une
première journée honorable malgré un concours du
poids difficile, une douleur à la cuisse
l'a contrainte à l'abandon pendant
l'épreuve du saut en longueur. Pas de
chance, car Denise Lewis était
prenable.
Des espoirs déçus
Dans la totalité des
autres disciplines où la France était
représentée, des places de finaliste étaient
plus qu'envisageables, et au-delà, des
possibilités de médailles n'étaient pas
exclues. Le plus grand regret concernant les
prestations des athlètes à cet égard réside dans
le fait qu'aucun d'entre eux ne
parviennent à dépasser ni même à égaler leur
record personnel, la plupart restant nettement
en retrait.
Au milieu de ces
désillusions, Mehdi Baala
a apporté la bonne nouvelle de l'athlétisme
français, particulièrement encourageante pour
l'avenir. Après une saison exemplaire, le
jeune Strasbourgeois s'est qualifié en
finale d'un 1500 mètres où il a pris la
quatrième place. Profondément déçu
d'échouer au pied du podium au lieu de
s'auto-féliciter d'une place en
finale, Baala n'en reste pas moins un des
espoirs mondiaux du mile, même le Roi de la
spécialité Hicham El
Guerrouj en est convaincu. Après avoir
apporté à la France le meilleur résultat sur la
distance depuis Michel Jazy en 1960, parions
qu'on le reverra à Edmonton (lors des
prochains championnats du monde) et Athènes 2004
en meilleure position.
Egalement convaincant, Mohamed
Ouaadi a stigmatisé à Sydney les progrès
d'un marathon français en pleine évolution.
Malgré la malchance qui a touché les
marathoniens, avec une opération de
l'appendicite pour Abdellah Béhar et le
refus de la Fédération Marocaine d'accorder
la lettre de sortie à Larbi Zeroual, la huitième
place de Ouaadi est le meilleur classement
français sur la distance depuis... la victoire
d'Alain Mimoun en 1956.
Dernier bémol à la grande cascade de
résultats décevants, les relais se sont plutôt
bien comportés et confirment la maîtrise
technique des français dans ce domaine,
puisqu'aucun des douze participants aux
finales n'a participé à une finale en
individuel !
Dernière minute
Jacques Piasenta, l'entraîneur
du relai 4x100 féminin, a présenté sa démission
à la Fédération quelques minutes avant le début
de la cérémonie de clôture des Jeux.
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