L'équipe de France
s'est inclinée en finale du tournoi
olympique face à la Dream Team III (85-75) mais
c'est la tête haute qu'il ont enfilé
la médaille d'argent. Comme leurs aînés de
1948, déjà battus par les Etats-Unis (65-21),
les joueurs de Jean-Pierre de Vincenzi (qui
arrêtera là son aventure en bleu) ont achevé en
beauté une extraordinaire campagne olympique. De
quoi rendre le moral au basket français, encore
marqué par le dépôt de bilan de son club-phare,
le CSP Limoges, en fin de saison dernière. Quand
la défaite rend heureux...
Jean-Pierre de Vincenzi a cédé sa place
à Alain Weisz au retour de Sydney (Photo L'Equipe)
A CHAUD APRES LA FINALE
Jean-Pierre de Vincenzi
(entraîneur de l'équipe de France aux
Jeux):"Nous avons abordé ce match
avec une certaine crainte. Je ne sais pas à
quoi elle était liée, certainement à notre
manque d'expérience. A la mi-temps,
nous avons réalisé que nous étions en finale
olympique. On avait joué vingt minutes et
pendant ces vingt minutes on avait peut-être
regardé passer les oiseaux. On a réalisé
qu'il fallait entrer un peu plus dans
le match, avoir plus d'impact physique,
croire plus en nous, être moins timoré. Un
ensemble de choses qui fait qu'en
seconde période l'équipe a développé un
basket beaucoup plus intéressant. Il
n'empêche, c'est l'équipe la
plus forte qui a gagné. Le manque de
puissance de l'équipe de France
comparée à celle des Etats-Unis est patent.
C'est une grande fête pour nous et je
l'espère pour le basket français".
Rudy Tomjanovitch
(Entraîneur des Etats-Unis): "Je dois dire que
même si l'équipe française n'était
pas citée parmi les équipes qui pouvaient
aller en finale, nous l'avons
respectée. Elle avait pris un mauvais départ
dans la compétition et elle a su remonter la
pente. Vraiment elle mérite la médaille
d'argent. Pour la battre en finale nous
avons dû lutter. Tout le monde était
persuadé que nous allions écraser toutes les
autres équipes. Mais il nous a fallu lutter
dans ce tournoi olympique".
"Le basket tient enfin une
locomotive. Cela fait cinq ans que je
travaille pour l'amener au plus haut
niveau mondial, nous y sommes. J'espère
maintenant que le développement du basket va
être soigné par les élus, les professionnels
de la communication et les
médias". Jean-Pierre de Vincenzi
aime battre le fer quand il est chaud. A peine
redescendu de la deuxième marche du podium
olympique, l'entraîneur français a coiffé
sa casquette de Directeur technique national
pour corner le début de la moisson des graines
semées depuis 5 ans et qui ont levé d'un
coup aux antipodes. Meilleure nation européenne
chez les garçons comme chez les filles (5e à Sydney) au cours
des derniers Jeux olympiques du siècle, la
France est désormais investie de grandes
responsabilités sur la planète basket. Les
Etats-Unis ont certes glané leur 12e médaille
d'or sur 14 possibles, mais les 10 pts de
la finale sont le plus petit écart enregistré
lors d'une de leurs finales victorieuses
et, surtout, depuis la Dream Team I (la seule,
la vraie) à Barcelone'92. Pire, alors que
l'équipe de Michael Jordan et
"Magic" Johnson s'était imposée
en Espagne avec plus de 44 pts d'écart en
moyenne, la marge est tombée à 15 pts en
Australie (elle était déjà descendue à 22 à
Atlanta'96). Et hormis l'Australie et
le Canada, cinq pays européens figuraient en
quarts-de-finale du tournoi olympique. Pour être
juste, on notera d'ailleurs que
l'équipe de France n'a battu aucune
nation du Vieux Continent à Sydney,
s'inclinant en Poule face à la Lituanie et
l'Italie...
AJOUTER AU SAVOIR-FAIRE LE FAIRE SAVOIR
Pour
que l'épopée des Bleus ne soit pas
qu'un feu de paille, il va falloir
maintenant rassembler complètement la famille du
basket français et ajouter au savoir-faire le
faire savoir.
Rassembler, c'est retisser les
liens distendus avec les deux seuls joueurs
français évoluant en NBA mais cependant absents
des Jeux, Tariq Abdul-Wahad et Jérôme Moïso.
Pour le premier, qui s'est exclu lui-même
du parti en portant avec éclat des accusations
de racisme contre certains internationaux,
"JPDV" s'en tient à une ligne qui
a porté ses fruits, "le choix du
groupe", mais n'exclut rien,
"cela ne dépend pas de moi". La
situation est toute différente pour le second.
Drafté fin juin par Boston, le Guadeloupéen a
préféré obéir à ses nouveaux dirigeants et
préparer la saison NBA 2000-2001 plutôt que de
participer aux Jeux. Jean-Pierre de Vincenzi
l'a regretté mais en veut davantage à la
NBA qui se permet ainsi de peser sur le basket
mondial qu'au vice-champion d'Europe
juniors 1996.
Rassembler, c'est
aussi assainir définitivement le basket
hexagonal des dérives qui ont entraîné la saison
dernière la perte de son plus beau fleuron, le
CSP Limoges. Pour que cesse les coups bas entre
certains présidents mais surtout pour que les
clubs continuent de faire éclore des joueurs
bons pour l'exportation (7 des 12
vice-champions olympiques jouent à
l'étranger), pour que le basket hexagonal
continue de glaner des titres continentaux, pour
que l'équipe de France prépare le Mondial
2002 sans craindre de tomber trop vite de son
piédestal. Le défi est passionnant. Jean-Pierre
de Vincenzi a décidé de le relever uniquement à
son poste de DTN, cédant la direction de
l'équipe de France à son assistan Alain
Weisz.
LA FINALE
Dimanche 1er octobre à
Sydney
Etats-Unis bat France : 85-75
(46-32)
Etats Unis : 24 paniers
(dont 8 sur 18 à trois points) sur 51 tirs - 29
lancers francs sur 38 tentés - 30 fautes
personnelles.
Les
marqueurs: Smith (4), Payton (7), Carter
(13), Abdur-Rahim (5), Allen (13), Baker (11),
Garnett (6), Hardaway (2), Houston (8), Kidd
(4), Mcdyess (3), Mourning (9).
France: 23 paniers
(dont 6 sur 20 à trois points) sur 57 tirs - 23
lancers francs sur 33 tentés - 28 fautes
personnelles.
André
Barrais, Michel Bonnevie, André Buffière, René
Chocat, René Dérency, Maurice Desaymonnet, André
Even, Maurice Girardot, Fernand Guillou, Raymond
Offner, Jacques Perrier, Yvan Quénin, Lucien
Rebuffic, Pierre Thiolon.