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    Son dernier titre 
  L'EQUIPE du 23 mai 1999 



Traineau : "Il ne faut jamais désarmer" (07.10.1999)

Du bleu pâle (08.10.1999)

Canu : "prêts le jour J" (10.06.2000)

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 Le retour du seigneur

Stéphane Traineau a remporté hier son quatrième titre européen, le premier depuis six ans, en battant en finale le Polonais Nastula, champion olympique et double champion du monde. À 32 ans, il apparaît tout neuf, prêt pour de nouvelles campagnes.

D'un de nos envoyés spéciaux à Bratislava
François PEISSON

LA tension est à son comble. Depuis trois minutes quarante-cinq de combat, le clan français est à bout. Marc Alexandre, sur la chaise de coach, se bousille littéralement la voix. Morceaux choisis : « Laisse rien passer ! Attaque avant lui ! Tire-le avant de prendre là-haut ! Pas de panique ! Attention à son séoï ! Pas assez dur à la garde ! Plus dur Stéphane, pas assez méchant ! Il craque ! »
Traineau, l'oeil noir depuis jeudi, à chaque fois qu'il est monté sur le tatami, ne s'affole pas. Il laisse tranquillement Nastula se dissoudre dans ses bras, avant de porter une action décisive. Une roue (te-guruma) qui cloue le Polonais au sol : waza-ari suivi d'une immobilisation interminable.
Le champion olympique et double médaillé d'or mondial est à terre. Au terme des vingt secondes, on n'entendra même pas le gong tant le cri de Marc Alexandre est puissant. Le champion olympique 1988 craque, il pleure de joie.
Traineau, lui, tombe genoux à terre, se relève, expulse un cri avant de se tourner vers les tribunes et saluer son entraîneur de club, François Fournier, sa maman Andrée, puis de tomber dans les bras de tout l'encadrement national, des toubibs et kinés qui l'ont remonté physiquement, tel un Lego, au fil des ans, jusqu'aux entraîneurs. I
l tape des mains, embrasse des joues, ne veut surtout pas être seul dans ce moment historique. « J'ai du mal à y croire. C'est enfin fini ces cinq jours de torture morale. Mais p... que c'est bon ! Ma dernière grande victoire remonte à 1993, aux Championnats d'Europe à Athènes. Depuis, il y a bien eu des médailles, européennes, mondiales et olympiques, mais là, je suis allé au bout de quelque chose. C'est la plus belle, sans aucun doute. »
Il pense aussi à son père disparu l'été dernier, à sa mère venue ici voir son fiston, à sa femme. Enceinte de leur troisième enfant, annoncé pour juillet ­ une petite fille après deux garçons ­, elle est restée à la maison. « C'est pour toute la famille, ce titre. »
Et celle du judo aussi. On lui parle de revanche sur sa non-sélection de l'an passé ­ malgré une victoire sur Nastula, déjà, en finale du tournoi de Pologne à Varsovie ­, sur ceux, nombreux, qui voulaient le pousser à la retraite, au soir des Jeux d'Atlanta. Mais Stéphane, tout à sa joie, grand seigneur, affirme : « Non, ce n'est pas une revanche.
Je n'ai aucun ressentiment, je ne suis pas amer. L'année dernière, c'est sûr que j'étais furieux, mais les entraîneurs et sélectionneurs ont reconnu leur erreur. » « Content d'avoir eu raison ! » « Non, je suis simplement content d'avoir eu raison, poursuit-il.
Quand un athlète a un palmarès, une expérience comme la mienne, je crois qu'on peut l'écouter et le laisser faire à sa guise. Jamais je n'ai arrêté l'entraînement, jamais je n'ai cessé d'y croire, même si à un moment, je me suis retrouvé bien seul.
Mais bon, je me souviens de l'entretien que j'avais eu, après Bercy, avec Fabien (Canu). Lui disait : “Je crois que c'est fini”, moi non. Alors, finalement, il m'a dit “On te suit !” Et tout le monde a finalement tiré dans le même sens... »
Résultat : Stéphane Traineau est un homme neuf. « Il a gardé un enthousiasme ! C'est un exemple », dit René Rambier, responsable des coaches. Fabien Canu, le DTN, affirmait, lui, dès jeudi : « C'est un guerrier, de la race des seigneurs. » I
ci, Traineau a été impérial durant ses deux jours et quatre combats, tous remportés avant la limite, sur des actions variées et limpides : sumi-gaeshi (un sacrifice) face au Géorgien Djikurauli, immobilisation face au Portugais Soares, uchi-mata (projection à l'intérieur de la cuisse) à l'Isréalien Zeevi et enfin cette roue de l'infortune pour Nastula.
A 32 ans, l'avenir semble donc lui appartenir de nouveau. Stéphane Traineau sera très certainement au prochain Mondial, à Birmingham en octobre, et avec une telle envie...




 
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