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    Laëtitia Tignola 
  L'EQUIPE du 12 août 2000 



Les filles dans la douleur (27.08.2000)

Canu : "prêts le jour J" (10.06.2000)

Restoux hors Jeux (24.05.2000)

Une équipe en or (22.05.2000)

Et maintenant les Jeux (22.05.2000)

Au bonheur des dames (21.05.2000)

La chance de Tignola (19.05.2000)

 Tignola sue, Restoux aussi

Fin mai, la petite championne d'Europe de judo (– 52 kg) avait gagné sa sélection, privant Marie-Claire Restoux d'une chance de défendre son titre olympique. Après la polémique, il y a la même préparation pour Sydney, mais une seule place, déjà attribuée.

HIER matin, Laetitia Tignola a bouclé son sac, après avoir plié un kimono à l'intérieur ; elle ira suer ailleurs ce week-end. La championne d'Europe (– 52 kg) et quelques autres titulaires de l'équipe de France sélectionnées pour les Jeux Olympiques ont provisoirement abandonné le dojo du CREPS d'Aix-en-Provence pour un retour éclair à la compétition ce week-end à Bonn en Allemagne. Elles reviendront sous le soleil provençal dès lundi pour achever, mercredi, ce dernier stage estival loin de l'INSEP du bois de Vincennes. Hier matin, Marie-Claire Restoux a entamé une journée presque identique à toutes celles du stage aixois auquel elle participe, après des semaines de préparation itinérante à Porticcio, Boulouris ou Vittel. En voyant les titulaires changer de quotidien, la championne olympique et double championne du monde, non retenue fin mai dans la sélection olympique, a peut-être mesuré un peu plus sa frustration d'être confinée dans ce rôle de remplaçante qu'elle a finalement accepté début juin, après avoir pu clamer tout haut son amertume par rapport au choix des sélectionneurs. Elle « joue le jeu ». Laetitia Tignola, titulaire sans peur et sans reproches, s'en satisfait largement au sein d'une équipe de France féminine qui n'a pas égaré sa bonne humeur. « Avec Marie-Claire ? Ça va bien, lance la judoka de Maisons-Alfort. Aucun problème. Elle est dans le truc. C'est vrai que cela doit être dur pour elle ; moi, je l'ai vécu... Avec son palmarès, c'est difficile. Mais apparemment, ça se passe bien. » Elle en sourit. D'ailleurs Laetitia Tignola affiche sans cesse un charmant petit sourire depuis son titre européen et sa sélection. Ravie, rassurée. C'est au choix. Tout lui plaît. Le travail, la sueur, l'ambiance et le futur proche. Elle a déjà connu tout ça quand c'était elle la numéro 2 derrière Restoux ces dernières années. Mais la titularisation, c'est le plus qui lui manquait. La frustration évanouie. « Tout est impeccable au niveau de mes petits bobos, souffle-t-elle, comme pour chasser la douleur qui la titille parfois dans son épaule. Je trouve que je suis de mieux en mieux. Et dans l'équipe c'est la même dynamique depuis les Championnats d'Europe. » Si Tignola sue et endure sur le tapis, sa remplaçante est consignée au même programme. Marie-Claire Restoux a endossé le rôle sans états d'âme apparents. Elle a bénéficié d'une dispense pour le premier stage physique à Bourg-Saint-Maurice, fin juin (« j'avais des affaires à régler »), puis a tout enchaîné. Comme les autres réservistes, comme Magali Bâton, son amie, elle aussi barrée par l'enthousiasme de la jeune Barbara Harrel. Elles sont actuellement quatorze filles, titulaires et réservistes, toutes dans le même bateau de la préparation jusqu'au 1er septembre, mais seulement sept monteront dans l'avion pour l'Australie. Ce n'est pas la même croisière. « On vit ça entre gens intelligents » « Je suis allée voir Laetitia au premier stage judo en Corse, raconte la championne olympique. Je l'ai félicitée très sincèrement car je la respecte beaucoup ; après tout, je n'ai rien contre elle. » D'autres partenaires du groupe sont venues ou pas discuter avec Marie-Claire, évoquer sa situation, commenter ses critiques. « Quand on m'en parle, je réponds ; mais je n'ai pas pris les devants sur le sujet. Disons que l'on vit ça entre gens intelligents. » Depuis un mois et demi, Restoux et Tignola absorbent le même programme sans que ni l'une ni l'autre n'éprouvent le besoin d'évoquer en commun le futur olympique. « On ne s'entraîne pas beaucoup ensemble, reconnaît Restoux, mais on ne le faisait pas spécialement avant non plus. Il ne faut pas être hypocrite, je ne suis pas à fond, à 100 %, derrière elle tout le temps. Si Laetitia venait pour parler des Jeux, on en discuterait, mais rien n'est provoqué artificiellement. Dans la préparation technique, c'est pareil. Elle est gauchère, moi droitière ; il est difficile de comparer nos techniques sur de futures adversaires puisque ce n'est pas le même judo. » De stage en stage, l'été s'étire et le rendez-vous olympique se fait plus net. Le tournoi de Bonn, ce week-end, souligne un peu plus l'écart existant de fait entre titulaires convoquées pour la compétition et réservistes laissées en stage. « Le fait de voir arriver les Jeux ne change pas grand-chose, avoue Restoux, et, franchement je n'ai encore rien prévu pendant cette période. Je serai peut-être à Paris, peut-être à Sydney. » Éventuellement, elle pourrait y tenir un rôle de consultante pour une télévision. « C'est en effet quelque chose qui me plairait bien, mais je n'ai effectué aucune démarche en ce sens, constate-t-elle. Ce serait bien d'être à Sydney pour la télé, mais un tel rôle, aussi séduisant qu'il puisse être, ne signifierait pas que j'arrête le judo. » On évoque pêle-mêle les rendez-vous européens et mondiaux dans moins d'un an ; alors elle tranche : « On m'a demandé de m'entraîner à fond jusqu'aux Jeux. » Comme Tignola.

Étienne BONAMY (avec François PEISSON)




 
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