| | | Tignola sue, Restoux aussi |
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Fin mai, la petite championne
d'Europe de judo (– 52 kg) avait gagné
sa sélection, privant Marie-Claire Restoux
d'une chance de défendre son titre
olympique. Après la polémique, il y a la
même préparation pour Sydney, mais une seule
place, déjà attribuée.
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| HIER matin, Laetitia
Tignola a bouclé son sac, après avoir plié un
kimono à l'intérieur ; elle ira suer
ailleurs ce week-end. La championne
d'Europe (– 52 kg) et quelques autres
titulaires de l'équipe de France
sélectionnées pour les Jeux Olympiques ont
provisoirement abandonné le dojo du CREPS
d'Aix-en-Provence pour un retour éclair à
la compétition ce week-end à Bonn en Allemagne.
Elles reviendront sous le soleil provençal dès
lundi pour achever, mercredi, ce dernier stage
estival loin de l'INSEP du bois de
Vincennes. Hier matin, Marie-Claire Restoux a
entamé une journée presque identique à toutes
celles du stage aixois auquel elle participe,
après des semaines de préparation itinérante à
Porticcio, Boulouris ou Vittel. En voyant les
titulaires changer de quotidien, la championne
olympique et double championne du monde, non
retenue fin mai dans la sélection olympique, a
peut-être mesuré un peu plus sa frustration
d'être confinée dans ce rôle de remplaçante
qu'elle a finalement accepté début juin,
après avoir pu clamer tout haut son amertume par
rapport au choix des sélectionneurs. Elle « joue
le jeu ». Laetitia Tignola, titulaire sans peur
et sans reproches, s'en satisfait largement
au sein d'une équipe de France féminine qui
n'a pas égaré sa bonne humeur. « Avec
Marie-Claire ? Ça va bien, lance la judoka de
Maisons-Alfort. Aucun problème. Elle est dans le
truc. C'est vrai que cela doit être dur
pour elle ; moi, je l'ai vécu... Avec son
palmarès, c'est difficile. Mais
apparemment, ça se passe bien. » Elle en sourit.
D'ailleurs Laetitia Tignola affiche sans
cesse un charmant petit sourire depuis son titre
européen et sa sélection. Ravie, rassurée.
C'est au choix. Tout lui plaît. Le travail,
la sueur, l'ambiance et le futur proche.
Elle a déjà connu tout ça quand c'était
elle la numéro 2 derrière Restoux ces dernières
années. Mais la titularisation, c'est le
plus qui lui manquait. La frustration évanouie.
« Tout est impeccable au niveau de mes petits
bobos, souffle-t-elle, comme pour chasser la
douleur qui la titille parfois dans son épaule.
Je trouve que je suis de mieux en mieux. Et dans
l'équipe c'est la même dynamique
depuis les Championnats d'Europe. » Si
Tignola sue et endure sur le tapis, sa
remplaçante est consignée au même programme.
Marie-Claire Restoux a endossé le rôle sans
états d'âme apparents. Elle a bénéficié
d'une dispense pour le premier stage
physique à Bourg-Saint-Maurice, fin juin («
j'avais des affaires à régler »), puis a
tout enchaîné. Comme les autres réservistes,
comme Magali Bâton, son amie, elle aussi barrée
par l'enthousiasme de la jeune Barbara
Harrel. Elles sont actuellement quatorze filles,
titulaires et réservistes, toutes dans le même
bateau de la préparation jusqu'au 1er
septembre, mais seulement sept monteront dans
l'avion pour l'Australie. Ce
n'est pas la même croisière. « On vit ça
entre gens intelligents » « Je suis allée voir
Laetitia au premier stage judo en Corse, raconte
la championne olympique. Je l'ai félicitée
très sincèrement car je la respecte beaucoup ;
après tout, je n'ai rien contre elle. »
D'autres partenaires du groupe sont venues
ou pas discuter avec Marie-Claire, évoquer sa
situation, commenter ses critiques. « Quand on
m'en parle, je réponds ; mais je n'ai
pas pris les devants sur le sujet. Disons que
l'on vit ça entre gens intelligents. »
Depuis un mois et demi, Restoux et Tignola
absorbent le même programme sans que ni
l'une ni l'autre n'éprouvent le
besoin d'évoquer en commun le futur
olympique. « On ne s'entraîne pas beaucoup
ensemble, reconnaît Restoux, mais on ne le
faisait pas spécialement avant non plus. Il ne
faut pas être hypocrite, je ne suis pas à fond,
à 100 %, derrière elle tout le temps. Si
Laetitia venait pour parler des Jeux, on en
discuterait, mais rien n'est provoqué
artificiellement. Dans la préparation technique,
c'est pareil. Elle est gauchère, moi
droitière ; il est difficile de comparer nos
techniques sur de futures adversaires puisque ce
n'est pas le même judo. » De stage en
stage, l'été s'étire et le rendez-vous
olympique se fait plus net. Le tournoi de Bonn,
ce week-end, souligne un peu plus l'écart
existant de fait entre titulaires convoquées
pour la compétition et réservistes laissées en
stage. « Le fait de voir arriver les Jeux ne
change pas grand-chose, avoue Restoux, et,
franchement je n'ai encore rien prévu
pendant cette période. Je serai peut-être à
Paris, peut-être à Sydney. » Éventuellement,
elle pourrait y tenir un rôle de consultante
pour une télévision. « C'est en effet
quelque chose qui me plairait bien, mais je
n'ai effectué aucune démarche en ce sens,
constate-t-elle. Ce serait bien d'être à
Sydney pour la télé, mais un tel rôle, aussi
séduisant qu'il puisse être, ne
signifierait pas que j'arrête le judo. »
On évoque pêle-mêle les rendez-vous européens et
mondiaux dans moins d'un an ; alors elle
tranche : « On m'a demandé de
m'entraîner à fond jusqu'aux Jeux. »
Comme Tignola.
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Étienne BONAMY (avec François PEISSON)
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