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    Ian Thorpe 
  Et de trois ! 


De notre correspondant à Sydney
Alain COLTIER

du 16 mai 2000

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Après le 400 m samedi et le 200 m dimanche, le jeune Australien a battu un troisième record du monde, hier à Sydney. Cette fois, il a perché le 200 m à un impressionnant chrono de 1'45''51. Et pourtant, il était malade !

La scène se passe quelques instants avant cette finale du 200 m. Ian Thorpe s'éclipse de sa piscine fétiche par une porte dérobée. En quête d'air frais. Le voilà qui essaye de respirer à pleins poumons malgré sa combinaison intégrale qui l'opprime. Il est pâle, très pâle, limite livide. En fait, il souffre d'une sorte de virus grippal, situation qu'il avait déjà connue lors des Mondiaux en petit bassin d'avril 1999 mais qui, en dépit d'une migraine tenace, ne l'avait pas empêché de battre alors le record du monde du 200 m. A situation identique, résultat similaire. Car, histoire d'en finir au plus vite avec son 200 m, Thorpe va profiter de la finale pour descendre une nouvelle fois son chrono planétaire.

Dans la chambre d'appel, les sept autres finalistes du jour l'attendent avec impatience. Tous s'encouragent encore une fois à tour de rôle, symbole d'un nouvel état d'esprit insufflé par l'entraîneur russe de Klim, Gennadi Touretski. Son credo : au lieu de se tirer dans les pattes, pourquoi ne pas se respecter les uns les autres ? Du coup, d'adversaires ils sont devenus en l'espace de quelque temps les meilleurs amis du monde et s'invitent souvent les uns chez les autres. Thorpe rejoint justement ses complices, il les rassure sur son état de santé. L'heure du record a sonné.

Pourtant, cette finale ne va pas ressembler aux courses précédentes du prodige. Pas de one-man-show cette fois car Klim a décidé de prendre les affaires en main. Durant 100 m, la lutte est âpre entre les deux hommes. A mi-course, Thorpe passe en tête dans l'incroyable chrono de 51''03. Jamais lors de ses records du monde précédents sur cette distance, il n'était parti aussi vite. Un peu le genre de base affolante dont parlait Touretski-le-prophète qui devrait voir le nageur se rapprocher des... 1'43'' !

Une longueur plus tard, Thorpe possède maintenant une tête d'avance sur Klim toujours dans le coup, et qui profite à merveille de l'aspiration. Le chrono est toujours favorable : 1'18''18 contre 1'18''95 la veille. Chronique annoncée de record du monde. Malade ou pas, l'homme pressé de cette compétition conserve ses petites habitudes. Son accélération est peut-être moins foudroyante qu'habituellement mais elle lui permet de se défaire de la sangsue Klim qui cale brutalement à 30 m du but. Le chrono s'arrête sur 1'45''51, nouveau record du monde. Son troisième en l'espace de trois jours. N'en jetez plus ! En moins de neuf mois, Thorpe a vieilli le record éphémère de son ami Hackett (1'46''67) de 1''16 !

Une série évidemment en cours qui voit le jeune Australien détenir les cinq meilleurs chronos de tous les temps sur la distance *. Et dire que le record du monde de Lamberti (1'46''69) a tenu (stagné ?) dix ans entre 1989 et 1999. Il faut en fait remonter à 1975 pour retrouver une telle progression au sommet du fait d'un même nageur lorsque l'Américain Bruce Furniss avait grignoté en deux mois seulement 1''34 sur la performance de son compatriote Tim Shaw (de 1'51''66 à 1'50''32).

En sortant de l'eau, Ian Thorpe semble manifestement requinqué. «Mon organisme devrait vite prendre le dessus sur cette saleté. Cela fait deux ans que je n'ai pas pris le moindre antibiotique et mon système immunitaire réagit d'ordinaire plutôt bien. Dès demain matin (aujourd'hui), je m'aligne sur 100 m, une distance qui me tient à coeur et où je vise également une qualification individuelle. Depuis six mois, j'ai effectué un gros travail sur ma vitesse de base justement dans l'optique du 100 m où je n'ai jamais encore été retenu en équipe d'Australie. Cette option inédite représente à long terme une évolution naturelle, mon avenir se situe sur les courtes distances.»

Et pendant que les six futurs représentants (Thorpe, Klim, Hackett, Kirby, Kowalski, Pearson) de ce futur relais 4 × 200 m australien qui peut voir raisonnablement la vie en or pour la grande quinzaine olympique de septembre dans cette même piscine, se congratulent et plaisantent, le spectacle continue de plus belle dans le bassin magique. D'abord, Susie O'Neill, qui après avoir battu la veille son record personnel du 100 m papillon (58''71), récidive de fort belle manière sur 200 libre cette fois. Ses 1'57''47 en demi-finale représentent le cinquième chrono de l'histoire. En finale tout à l'heure, elle pourrait donc se rapprocher du record du monde de l'Allemande Van Almsick (1'56''78). Mention bien également pour le dossiste Matt Welsh qui s'est hissé au quatrième rang de l'histoire sur 100 m dos (54''14). Et au milieu de ce feu d'artifice vert et or, la contre-performance de Samantha Riley, septième seulement du 100 m brasse, est passée totalement inaperçue. La star de la natation australienne n'est définitivement plus la même...

* La Sud-Africaine Penny Heyns détient actuellement les six premiers chronos de tous les temps sur 100 m brasse ; l'Australien Michael Klim sur 100 m papillon et l'Américaine Mary T Meagher sur 200 m papillon possèdent les quatre meilleurs.


 
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