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Le jeune prodige australien
(17 ans) a doublé la mise. Après le record
du monde du 400 m, samedi
(3'41''33), il a fait
vieillir de manière insolente celui du 200 m
(1'45''69) en demi-finale,
hier. En attendant évidemment mieux
aujourd'hui pour la
finale.
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| Trop
bon, trop fort, trop énorme, trop de tout en fin
de compte ! À chaque jour son record du monde
d'un autre âge. Ian Thorpe repart sur les
bases des Jeux Panpacifiques, en août dernier,
qui l'avaient déjà vu tomber quatre records
du monde en l'espace de quatre jours. Après
son premier exploit du week-end, le record du
monde du 400 m en 3'41''33
samedi, où il avait néanmoins quelque peu
«coincé» en bout de course, on se disait que la
sagesse élémentaire le pousserait à lever le
pied pour la demi-finale toute simple d'un
200 m libre. En vain.
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| «Décrocher, hier, sur 400 m mon
passe-droit olympique m'a soulagé,
expliquait Ian, et complètement libéré pour la
suite de la compétition. Plus question cette
fois de nager contre nature en partant sur des
bases folles qui, de toute façon, ne me
conviennent pas vraiment. Je suis plutôt revenu
à une approche plus traditionnelle pour quelque
chose de plus productif à l'arrivée. Les
finishes au diesel, ce n'est pas trop mon
truc !»
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| Hier, Ian
se présente donc à l'appel de la première
des deux demi-finales de la soirée en
combinaison de combat, comme le reste du plateau
d'ailleurs, avec la ferme intention
«d'effacer mon meilleur temps sur la
distance.» C'est-à-dire en toute
simplicité, la chronique annoncée d'un
nouveau record du monde. En effet, rarement
séance d'échauffement ne l'a aussi
convaincu de ses bonnes dispositions du moment.
Il a manifestement bien récupéré de ses efforts
inédits de la veille.
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| Une fois dans l'élément, ses
temps de passage flirtent aussitôt avec ceux de
son record (1'46'') :
52''04 contre 52''01. Cette
fois-ci, au couloir voisin, l'inévitable
Grant Hackett semble avoir retrouvé comme par
enchantement sa paire de jambes. Thorpe ne
s'en occupe même pas. À fond dans sa
course, il sent bien que ces bases-là
correspondent pour l'instant à
1'46''5. Le virage au 150 m
confirme ses craintes, un retard de presque
00''20. Et c'est le moment où il
choisit («J'en avais encore sous le pied»)
de mettre en action son battement de jambes
infernal. Hackett, lui, donne l'impression
de faire du surplace. Un dernier 50 m bouclé en
26''57 et au bout :
1'45''69. Soit un nouveau record
du genre.
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| Du coup,
l'Australien possède maintenant les trois
meilleures performances mondiales de
l'histoire sur la distance, alors
qu'il y a encore un an à peine, les experts
désespéraient de voir tomber un jour la marque
de l'Italien Giorgio Lamberti
(1'46''69 en 1989). Depuis,
Thorpe a dépoussiéré de la tête aux pieds cette
discipline. Il en a redessiné les contours. Un
potentiel à 1'43'' Geste de la
main, félicitations de ses adversaires du jour,
applaudissements, déclaration aux micros :
«J'ai bien su profiter et rentabiliser les
conditions de course.»
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| Et puis, tout retombe vite. Très
vite. Comme par magie, comme si le parterre
«aussie» trouvait normal qu'un de ses
nageurs renoue ainsi avec la tradition de la
génération bénie des années 50-60, celle des
Fraser, Rose, Konrads... Un nageur australien ne
peut rien faire d'autre que battre des
records. L'accueil que lui réservent ses
pairs en coulisses confirme la tendance.
Poignées de main, tapes sur l'épaule...
«Thorpie», comme ils l'appellent tous, est
maintenant en grande discussion avec Michael
Klim sur le bord du bassin de récupération. Ils
parlent d'autre chose. Une discussion
animée. Grant Hackett, Bill Kirby, Daniel
Kowalski et Todd Pearson s'approchent à
leur tour. Une petite réunion façon meeting.
Plus que le record qui vient de tomber, il est
surtout question du relais 4 × 200 m australien
qui est en train de se monter. Le 4 × 200 m,
c'est un peu l'indice de bonne santé
d'une natation. Et là, tous sans exception,
sont descendus dans le même élan sous les
1'49''. L'île-continent peut
se vanter de posséder pareille densité et
d'avoir l'assurance de l'or
olympique en septembre prochain.
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| L'inamovible DTN, Don Talbot,
envisagerait même de revoir ses critères de
sélection. Au lieu de retenir les six premiers
de la finale, il se voit bien emmener tous les
finalistes aux Jeux, à condition que Antonie
Matkovich et Kieren Perkins, en personne,
passent sous les 1'50''.
L'Australie s'offrirait ainsi le luxe
de deux équipes au moment de l'emballage :
une réserve pour les séries du matin, un quatuor
immaculé pour la finale. Du jamais vu
!
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| Après avoir effectué
quelques longueurs de récupération, Thorpe tombe
le haut de sa combi intégrale qu'il
s'enroule autour de la taille. Celle-ci
dévoile des épaules plus «hommasses» que
l'an passé. Taillées d'un bloc. Les
muscles n'y sont toujours pas dessinés à
outrance, mais Ian Thorpe s'est
manifestement étoffé à ce niveau, après avoir dû
nager plusieurs semaines avec un plâtre au pied
gauche suite à une sale chute au footing.
D'ailleurs pour éviter ce genre de
contretemps, la Fédération australienne a
investi dans un tapis roulant afin qu'il
puisse désormais courir dans le garage familial
sans prendre de risque dans les sous-bois. Ça
lui permet de poursuivre ainsi ses trois séances
hebdomadaires de footing (sur sept kilomètres).
Ajoutez à cela une dizaine de séances dans
l'eau et de la gym et l'on retrouve
exactement le même programme que la saison
passée. Un programme qui lui avait si bien
réussi, concrétisation des milliers de
kilomètres emmagasinés depuis l'âge de neuf
ans.
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| Son entraîneur, Doug
Frost, est d'ailleurs tellement méticuleux
qu'il vient de demander au DTN la
permission de sortir du pays au mois de juin (le
code aussie veut que tout sélectionné olympique
reste en quarantaine sur l'île-continent
trois mois avant les JO) afin d'effectuer,
exactement comme l'an passé, trois semaines
de stage en altitude à Colorado Springs
(États-Unis). En attendant, hier, après son
passage dans le bassin de récupération, Thorpe
rejoint d'autres nageurs entassés devant un
poste de télévision. Il regarde son copain
d'entraînement, Simon Cowley, arracher son
ticket pour les Jeux sur 100 m
brasse.
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| Un peu plus loin, Frost
croise la route de Guenadi Touretski,
l'entraîneur de Klim et Popov. S'il
reste bouche bée devant la dernière sortie de
son protégé, lâchant même : «Je reste persuadé
que le 400 m est sa distance de prédilection.»
Touretski-la-science est plus loquace : «Au
début, ça surprend ! Après, on réalise
qu'en Australie, la puberté se fait à un
âge très précoce : des gamins de douze-quatorze
ans en paraissent seize-dix-huit... Un phénomène
lié au climat, au soleil, dans un paysage où la
vie au grand air, l'exercice physique sont
une religion.
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| Très tôt,
Thorpe a été capable de supporter des séances
d'ordinaire réservées à des nageurs adultes
d'au moins dix-huit ans. Maintenant, il se
trouve dans une phase naturelle de réalisation,
il se contente de concrétiser. Aujourd'hui,
Ian est prêt à tous les points de vue à nager
aussi vite, c'est l'aboutissement du
travail effectué auparavant. Il n'y a rien
de surprenant là-dedans. Son potentiel se situe
probablement vers 1'43'' ! Si,
si... en passant en moins de 51'' au
premier 100 m, cela ne devrait pas lui poser de
problèmes. C'est ce qui arrivera aux Jeux !
Il faut s'habituer ; Thorpe représente
l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle
génération, d'autres lui emboîteront
bientôt le pas.» S'il le dit...
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