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    Ian Thorpe 
  Thorpe en démo 


De notre correspondant à Sydney
Alain Coltier

du 15 mai 2000

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Le jeune prodige australien (17 ans) a doublé la mise. Après le record du monde du 400 m, samedi (3'41''33), il a fait vieillir de manière insolente celui du 200 m (1'45''69) en demi-finale, hier. En attendant évidemment mieux aujourd'hui pour la finale.

Trop bon, trop fort, trop énorme, trop de tout en fin de compte ! À chaque jour son record du monde d'un autre âge. Ian Thorpe repart sur les bases des Jeux Panpacifiques, en août dernier, qui l'avaient déjà vu tomber quatre records du monde en l'espace de quatre jours. Après son premier exploit du week-end, le record du monde du 400 m en 3'41''33 samedi, où il avait néanmoins quelque peu «coincé» en bout de course, on se disait que la sagesse élémentaire le pousserait à lever le pied pour la demi-finale toute simple d'un 200 m libre. En vain.

«Décrocher, hier, sur 400 m mon passe-droit olympique m'a soulagé, expliquait Ian, et complètement libéré pour la suite de la compétition. Plus question cette fois de nager contre nature en partant sur des bases folles qui, de toute façon, ne me conviennent pas vraiment. Je suis plutôt revenu à une approche plus traditionnelle pour quelque chose de plus productif à l'arrivée. Les finishes au diesel, ce n'est pas trop mon truc !»

Hier, Ian se présente donc à l'appel de la première des deux demi-finales de la soirée en combinaison de combat, comme le reste du plateau d'ailleurs, avec la ferme intention «d'effacer mon meilleur temps sur la distance.» C'est-à-dire en toute simplicité, la chronique annoncée d'un nouveau record du monde. En effet, rarement séance d'échauffement ne l'a aussi convaincu de ses bonnes dispositions du moment. Il a manifestement bien récupéré de ses efforts inédits de la veille.

Une fois dans l'élément, ses temps de passage flirtent aussitôt avec ceux de son record (1'46'') : 52''04 contre 52''01. Cette fois-ci, au couloir voisin, l'inévitable Grant Hackett semble avoir retrouvé comme par enchantement sa paire de jambes. Thorpe ne s'en occupe même pas. À fond dans sa course, il sent bien que ces bases-là correspondent pour l'instant à 1'46''5. Le virage au 150 m confirme ses craintes, un retard de presque 00''20. Et c'est le moment où il choisit («J'en avais encore sous le pied») de mettre en action son battement de jambes infernal. Hackett, lui, donne l'impression de faire du surplace. Un dernier 50 m bouclé en 26''57 et au bout : 1'45''69. Soit un nouveau record du genre.

Du coup, l'Australien possède maintenant les trois meilleures performances mondiales de l'histoire sur la distance, alors qu'il y a encore un an à peine, les experts désespéraient de voir tomber un jour la marque de l'Italien Giorgio Lamberti (1'46''69 en 1989). Depuis, Thorpe a dépoussiéré de la tête aux pieds cette discipline. Il en a redessiné les contours. Un potentiel à 1'43'' Geste de la main, félicitations de ses adversaires du jour, applaudissements, déclaration aux micros : «J'ai bien su profiter et rentabiliser les conditions de course.»

Et puis, tout retombe vite. Très vite. Comme par magie, comme si le parterre «aussie» trouvait normal qu'un de ses nageurs renoue ainsi avec la tradition de la génération bénie des années 50-60, celle des Fraser, Rose, Konrads... Un nageur australien ne peut rien faire d'autre que battre des records. L'accueil que lui réservent ses pairs en coulisses confirme la tendance. Poignées de main, tapes sur l'épaule... «Thorpie», comme ils l'appellent tous, est maintenant en grande discussion avec Michael Klim sur le bord du bassin de récupération. Ils parlent d'autre chose. Une discussion animée. Grant Hackett, Bill Kirby, Daniel Kowalski et Todd Pearson s'approchent à leur tour. Une petite réunion façon meeting. Plus que le record qui vient de tomber, il est surtout question du relais 4 × 200 m australien qui est en train de se monter. Le 4 × 200 m, c'est un peu l'indice de bonne santé d'une natation. Et là, tous sans exception, sont descendus dans le même élan sous les 1'49''. L'île-continent peut se vanter de posséder pareille densité et d'avoir l'assurance de l'or olympique en septembre prochain.

L'inamovible DTN, Don Talbot, envisagerait même de revoir ses critères de sélection. Au lieu de retenir les six premiers de la finale, il se voit bien emmener tous les finalistes aux Jeux, à condition que Antonie Matkovich et Kieren Perkins, en personne, passent sous les 1'50''. L'Australie s'offrirait ainsi le luxe de deux équipes au moment de l'emballage : une réserve pour les séries du matin, un quatuor immaculé pour la finale. Du jamais vu !

Après avoir effectué quelques longueurs de récupération, Thorpe tombe le haut de sa combi intégrale qu'il s'enroule autour de la taille. Celle-ci dévoile des épaules plus «hommasses» que l'an passé. Taillées d'un bloc. Les muscles n'y sont toujours pas dessinés à outrance, mais Ian Thorpe s'est manifestement étoffé à ce niveau, après avoir dû nager plusieurs semaines avec un plâtre au pied gauche suite à une sale chute au footing. D'ailleurs pour éviter ce genre de contretemps, la Fédération australienne a investi dans un tapis roulant afin qu'il puisse désormais courir dans le garage familial sans prendre de risque dans les sous-bois. Ça lui permet de poursuivre ainsi ses trois séances hebdomadaires de footing (sur sept kilomètres). Ajoutez à cela une dizaine de séances dans l'eau et de la gym et l'on retrouve exactement le même programme que la saison passée. Un programme qui lui avait si bien réussi, concrétisation des milliers de kilomètres emmagasinés depuis l'âge de neuf ans.

Son entraîneur, Doug Frost, est d'ailleurs tellement méticuleux qu'il vient de demander au DTN la permission de sortir du pays au mois de juin (le code aussie veut que tout sélectionné olympique reste en quarantaine sur l'île-continent trois mois avant les JO) afin d'effectuer, exactement comme l'an passé, trois semaines de stage en altitude à Colorado Springs (États-Unis). En attendant, hier, après son passage dans le bassin de récupération, Thorpe rejoint d'autres nageurs entassés devant un poste de télévision. Il regarde son copain d'entraînement, Simon Cowley, arracher son ticket pour les Jeux sur 100 m brasse.

Un peu plus loin, Frost croise la route de Guenadi Touretski, l'entraîneur de Klim et Popov. S'il reste bouche bée devant la dernière sortie de son protégé, lâchant même : «Je reste persuadé que le 400 m est sa distance de prédilection.» Touretski-la-science est plus loquace : «Au début, ça surprend ! Après, on réalise qu'en Australie, la puberté se fait à un âge très précoce : des gamins de douze-quatorze ans en paraissent seize-dix-huit... Un phénomène lié au climat, au soleil, dans un paysage où la vie au grand air, l'exercice physique sont une religion.

Très tôt, Thorpe a été capable de supporter des séances d'ordinaire réservées à des nageurs adultes d'au moins dix-huit ans. Maintenant, il se trouve dans une phase naturelle de réalisation, il se contente de concrétiser. Aujourd'hui, Ian est prêt à tous les points de vue à nager aussi vite, c'est l'aboutissement du travail effectué auparavant. Il n'y a rien de surprenant là-dedans. Son potentiel se situe probablement vers 1'43'' ! Si, si... en passant en moins de 51'' au premier 100 m, cela ne devrait pas lui poser de problèmes. C'est ce qui arrivera aux Jeux ! Il faut s'habituer ; Thorpe représente l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle génération, d'autres lui emboîteront bientôt le pas.» S'il le dit...


 
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