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    En route vers Sydney 
  Thomas, premier vainqueur des Jeux 

André-Arnaud FOURNY

du 14 août 2000
Le boxeur picard espère monter sur le podium à Sydney. Mais il a déjà gagné sa finale en figurant parmi les meilleurs mouche mondiaux après avoir appris à vivre avec ses malformations physiques...

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Si Jérôme Thomas (21 ans) parvient à se discipliner sur le ring, à réfréner son tempérament de bagarreur, il a de bonnes chances de revenir médaillé de Sydney (lors des Championnats du monde de boxe amateurs 1999 à Houston, il aurait dû monter sur le podium, mais il fut victime des incohérences de la scoring-machine en quart de finale et éliminé par l'Argentin Narvaez).

«Je donnerai le meilleur de moi-même aux Jeux, confirme le jeune Picard de Saint-Quentin, tant l'obtention d'une médaille olympique serait une belle revanche sur la vie.»

Une vie qui ne lui a «pas fait de cadeau au départ». Ce boxeur longiligne (51 kilos, 1,68 m) est en effet né avec des malformations du côté gauche... «Je n'ai pas de muscles pectoraux sur la poitrine gauche, raconte-t-il. Alors, mon coeur est moins protégé quand je reçois des coups. Mais, surtout, mon bras gauche est plus court que le droit. Et je suis né la main gauche fermée. J'ai été opéré sept fois, du premier âge à quatorze ans. D'abord pour décoller mes doigts. On me prélevait de la peau sur le bas du ventre pour la greffer sur mes doigts. La dernière intervention aura permis à mes doigts de se développer. Mais je ne peux toujours pas les tendre et ils restent recroquevillés. Que vous dire encore ?... J'avais aussi un petit souffle au coeur, que je ne ressens plus depuis quelques années.»

Malgré ses handicaps, Thomas est devenu l'un des meilleurs mondiaux dans ce qui est certainement le plus dur des sports... «La boxe m'a aidé à développer mon bras gauche, souligne-t-il. Ma main gauche m'empêche d'être aussi puissant du gauche que du droit, mais je compense en mettant beaucoup de vitesse dans le bras gauche. Et j'ai presque envie de dire que c'est devenu un avantage. Car, lorsque j'ai donné mon direct du gauche et que j'enchaîne avec ma droite, mes adversaires sont surpris, mon bras droit étant plus long.» Même en côtoyant régulièrement Thomas, celui qui ignore ses malformations ne remarque rien. «Quand j'étais enfant, personne ne se rendait compte de rien, car je cachais ma main. Avant, je n'aimais pas me mettre torse nu. Maintenant, je m'en fous. Je ne sais pas si j'ai souffert de tout ça. Je crois que ça ne me donnait pas de complexes. Aujourd'hui, je n'y pense plus. Pour moi, je suis normal.»

Peut-être grâce au sport Thomas a-t-il réussi à trouver son équilibre et à surmonter son handicap. Pourtant, il fut d'abord refusé lorsqu'il s'essaya au judo. «Je devais avoir sept ans, le professeur n'a pas voulu de moi. Alors, avec mon frère Cyril, de deux ans mon aîné, on est allés dans la salle en face, où il y avait de la boxe. Là, l'entraîneur se mettait même à genoux pour m'apprendre la technique. Au départ, c'était juste pour m'amuser, même si j'y allais tous les jours. Mais, vers neuf-dix ans, j'ai commencé à disputer mes premiers combats.»

Pas du genre à pleurer sur son sort, Jérôme Thomas était déjà animé d'un tempérament de guerrier, d'autant qu'il fut élevé exactement comme ses quatre frères. «Mon père et ma mère n'ont jamais pris en compte mon handicap, ils ne m'ont jamais chouchouté. Au contraire, ils ont peut-être été plus durs avec moi qu'avec mes frères.»

 «J'ai dû travailler deux fois plus que les autres»

Champion de France juniors 1996 et 1997, vice-champion d'Europe des mi-mouche 1997, il a connu la même réussite en seniors, où il est champion de France depuis 1998 en mi-mouche, puis en mouche. Pourtant, il faillit bien ne pas pouvoir débuter au niveau international. À l'occasion du Tournoi de Pologne juniors, le médecin, lors de la traditionnelle visite médicale d'avant-combat, voulut empêcher Thomas de boxer, mais l'entraîneur français Aldo Cosentino intervint véhémentement et le fit changer d'avis. «Depuis, les médecins ne m'ont plus jamais rien dit, note le jeune Picard. Quand ils voient ma licence, avec aujourd'hui près de 80 combats, ils ne se posent plus de question.»

Quel que soit son résultat à Sydney, il demeurera amateur et restera à l'INSEP afin de passer son brevet d'État deuxième degré (il a obtenu le premier en juin dernier). «La boxe pro ne m'intéresse pas trop, les mouche n'y sont pas une catégorie très reconnue, avoue-t-il. C'est pour moi plus avantageux de rester amateur. Et je veux disputer avec mon frère Guillaume les Jeux Olympiques de 2004. J'aurais déjà pu aller avec Cyril à Sydney, mais il est passé pro à vingt ans, car il ne se plaisait pas en équipe de France.»

Alors que l'aîné des frères Thomas, Stéphane (25 ans), ne boxe pas, Cyril (23 ans) est champion de France des plume chez les professionnels, où il est toujours invaincu, Jérôme (21 ans) s'est donc qualifié pour Sydney, Guillaume (17 ans) vit au centre national de boxe de Vendôme et prépare le Mondial juniors de novembre prochain, tandis que Philippe (14 ans), après une belle carrière en boxe éducative, vient de passer amateur.

«Ce qui m'est arrivé à la naissance est une motivation supplémentaire pour obtenir une médaille olympique, conclut Jérôme Thomas. J'ai déjà plus de mérite que tous les autres boxeurs, car j'ai dû travailler deux fois plus qu'eux. Si je monte sur le podium, les journalistes viendront me voir. J'en profiterai pour faire passer un message : même si on n'est pas avantagé au départ, on peut réussir. À condition de le vouloir.»




 
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