Le 100 et le 200 m dos, c'est lui.
Il a acquis les deux titres sans contestation possible ( avec en
prime la médaille d'or avec le relais 4 fois 100 4 nages).
Lenny Krayzelburg est devenu le premier champion olympique
américain né en ex-URSS. Une histoire d'intégration comme
l'Amérique les aime qui en a fait une star dans son pays
d'adoption.
D'Odessa à Beverly Hills
(Photo L'Equipe)
Il est né à
Odessa en 1975; aujourd'hui il vit à
Beverly Hills. Mais pour Lenny Krayzelburg, fils
de "refuzniks", la vie n'a pas
vraiment été facile. Sa famille juive a fui
l'Ukraine en 1988 pour Rome, puis Los
Angeles. Personne ne parlait un mot
d'anglais et son père a encore
aujourd'hui beaucoup de difficultés à
s'exprimer. Le petit Lenny, lui, avait bien
fait un peu de natation au Club de l'armée
d'Odessa, mais rien de bien sérieux :«Quand
je nageais, se rappelle-t-il, j'avais une
sorte de grande image devant les yeux. Elle est
apparue à sept ou huit ans, quand j'ai
réalisé ce que je voulais accomplir. Elle
symbolisait mon “ultimate goal”, mon désir
suprême, ce pour quoi j'étais prêt à passer
beaucoup de temps dans l'eau à souffrir :
l'or olympique.» .
A peine sorti de
l'avion, Lenny est inscrit au club de Santa
Monica. La piscine était trop loin, son père
n'avait pas de quoi acheter une voiture,
l'ado a voulu très vite abandonner.
Seulement voilà : Oleg, le papa, était
totalement persuadé qu'un pays qui avait
favorisé l'ascension de Mark Spitz et de
Matt Biondi pouvait faire la même chose pour son
fils. Et Lenny se retrouve dans une piscine de
25 yards, au Westside Jewish Community Center, à
aligner des longueurs, à parler anglais et
sortir de son milieu russe. Mais son emploi du
temps est infernal. Ses parents sont pauvres, il
travaille 30 heures par semaine. Son premier
entrainement est donc de 5 h 30 à 7 h 30,
école ensuite, deuxième entrainement de 13 h 15
à 14 h 30, bureau de 15 h à 22 heures, les
devoirs et dodo !
Son palmarès
1998 Championnat du Monde
: médaille d'or sur 100 m et 200 m dos,
médaille d'argent sur 4 x 100 4
nages
Record du monde : 50 m
dos ( 24" 99 ), 100 m dos ( 53" 60 ),
200 m dos ( 1' 55" 87 )
La traumatisme des
sélections 96
Le gosse est doué. A 17
ans, il sait enfin parler anglais et il a une
voiture. Il retourne à Santa Monica et épate
l'entraîneur : il comprend tout, intègre
chaque conseil, arrive la premier à la piscine,
part le dernier. Un énorme potentiel apparaît.
Mark Shubert, entraîneur d'autres stars
(comme Janet Evans) à l' Université de Sud
Californie fait un peu la moue : personne
n'aime découvrir un nageur à 17 ans, dans
un sport où tout est dit au début de
l'adolescence. Mais Lenny est trop fort, il
le prend et pendant un an il l'élève à la
dure : il ne fait même pas partie de
l'équipe première, et s'entraîne dans
le bassin de 25 mètres. Les chronos tombent. En
1996, Krayzelburg se retrouve aux sélections
américaines. Il peut se qualifier. Seulement
voilà, dans sa tête, il n'est pas prêt : il
gère mal sa finale, part trop vite, force trop
et rate Atlanta. C'est un copain
d'entraînement; Brad Bridgewater, qui
décroche le titre sur 200. Krayzelburg sait
qu'il aurait du être à sa place et le vit
mal. D'autant plus que le soir de la
finale, Shubert l'appelle d'Atlanta et
lui dit : "aujourd'hui c'est
Brad, dans quatre ans c'est
toi".
Maître de l'easy speed
C'est finalement à
Perth, aux Championnats du monde 1998,
qu'il explose : les titres sur 50, 100 et
200 m dos. Et à Sydney il écrase tout le monde
en battant les records du monde sur les deux
distances à la suite, avec la manière forte, en
les pulvérisant! Il n'y aucun doute
aujourd'hui : Krayzelburg est le plus
fort., même s'il n'arrive pas à Sydney
avec la meilleure performance mondiale de
l'année sur 200 m, il est impressionnant
dans l'eau.
Il est
d'abord un grand styliste : le dos suppose
en effet un timing parfait entre les mouvements
de bras et les battements de pieds. La vitesse
tient à cette parfaite alliance. Il est ensuite
puissant. Il a énormément travaillé avec des
nageurs de demi fond. Technique et puissance lui
permettent de maîtriser parfaitement ce que
chaque nageur recherche : l'easy speed. En
clair : ne jamais se désunir pour aller vite.
Popov, Thorpe, Krayzelburg, ils ne
sont guère plus à pouvoir accélérer ou garder
leur vitesse sans changer leur style. Lenny
Krayzelburg, cite de temps en temps un coach de
basket qui avait dit à propos de Michael Jordan
: «Il faut avoir du talent pour se hisser au
sommet, du caractère pour y rester.» Il a les deux.
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