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    Laëtitia Tignola 
Recueillis par Ludovic Mauchien  L'entretien écrit 


Blessée juste avant les championnats du monde 1995, Laëtitia Tignola a vu sa place de titulaire s'envoler. Elle a dû attendre cinq ans pour reprendre celle de numéro 1 à Marie-Claire Restoux. Elle revient sur son sacre continental de mai dernier, ses années de purgatoire qui l'ont précédé, sa préparation en vue des Jeux et ses ambitions olympiques.

Laëtitia Tignola a dû attendre cinq ans pour avoir une nouvelle chance (Photo L'Equipe)

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Comment analysez-vous votre titre de championne d'Europe ?

Ce n'est pas un hasard. C'est le résultat d'un travail et pas seulement d'une saison parce que ça ne se travaille pas que sur une saison. Cela fait des années que je m'entraîne. Ca a payé aux Championnats d'Europe. Enfin, on m'a laissé ma chance et j'ai pu m'exprimer aux Championnats d'Europe.
J'avais envie de me faire plaisir. Cela fait cinq ans que je suis numéro 2, cinq ans que j'étais dans l'ombre. J'étais numéro 2 mais je voulais être numéro 1 donc, le judo, je le faisais pour me faire plaisir avant tout et, aussi, comme un jeu.

Comment viviez-vous le fait d'être numéro 2 alors que vous étiez numéro 1 il y a cinq ans ?

Ca a été très dur à vivre psychologiquement pendant cinq ans. On fait tout. On part jamais. J'ai toujours espéré. Je pensais qu'on me donnerait ma chance un jour et puis, c'est arrivé (rires). C'était un peu long au bout de cinq ans. Mais, c'est vrai, j'ai pris ça comme une chance et j'ai voulu donner le maximum aux Championnats d'Europe et me faire plaisir.

Vous n'avez jamais eu enfin de raccrocher ?

Si, il y a eu des moments très durs. Mais j'ai toujours eu ma famille et mes amis autour de moi pour m'aider. Mais c'est vrai qu'il y a eu des moments très, très durs.

Est-ce que ce titre de championne d'Europe vous a fait franchir un palier ?

Je pense que ce titre de championne d'Europe, il faut le porter et je pense qu'on se présente plus en leader quand on monte sur tapis que sans ce titre. Ca m'a libéré, dans le sens où, comme j'ai déjà gagné un titre international, je sais que je peux le refaire.
Je pense que j'éviterais toute pression à Sydney puisque celle des Championnats d'Europe, je l'ai évacuée. Donc, j'espère que pour les Jeux, ce sera pareil parce que, ce qui m'ennuie, c'est cette pression là. Si j'ai de la pression, je ne suis pas libérée et moi, il faut que je sois libérée pour donner le maximum de moi et me faire plaisir.

Qu'attendez-vous des Jeux Olympiques ?

La médaille d'or bien sûr. Une médaille tout court mais c'est sûr que la médaille d'or me ferait encore plus plaisir. Puis, la cérémonie d'ouverture, ça me paraît grandiose. C'est vrai que j'ai envie d'y aller, de défiler.
Autrement, j'ai envie, aussi, de voir tous les athlètes puisqu'on ne se connaît pas, on ne se fréquente pas, tous les athlètes, français et étrangers même. Vu que, justement, je combats dans les premiers jours, je vais essayer d'aller voir à droite et à gauche, et découvrir un peu plus les gens.

Craignez-vous la pression ?

J'essaie de ne pas trop y penser, justement, pour ne pas trop m'exciter. Ca fait un moment qu'on attend ces Jeux et c'est vrai que la préparation a été très longue. Je vis ça comme quelque chose d'extraordinaire et je vais essayer d'en profiter au maximum pour que cela reste un grand souvenir.
Le fait que l'on soit dans des maisons extérieures au village olympique, qu'on rentre dans le village la veille de la compétition doit nous faire éviter toute cette pression. Et, en plus, moi, je combats dans les premiers jours donc ça évitera d'attendre et c'est beaucoup mieux.
En plus, mon ami et mon oncle viennent me voir. Je pense que c'est important. C'est un petit plus de savoir que l'on est soutenue dans les gradins.

Comment s'est déroulé la préparation olympique ?

Elle a été très longue puisqu'il y a eu tous les tournois. J'ai fait le tournoi de Paris, ensuite j'ai fait le tournoi d'Allemagne où je fais deuxième, le tournoi d'Italie où je gagne. C'est ce tournoi, justement, qui m'a permis de décrocher ma sélection aux Championnats d'Europe. J'ai eu les meilleurs résultats sur la saison. Et le fait d'avoir gagné cette compétition en battant les meilleures européennes et la Cubaine m'a permis d'aller aux Championnats d'Europe.
Depuis le championnat d'Europe, on a fait beaucoup de stages. On a fait un stage vélo, un stage en Corse avec l'équipe 1 japonaise. Ca a été un travail très technique. C'est vrai que l'on n'a pas l'habitude de travailler ce judo là. C'est un judo très particulier, très technique, très dur physiquement aussi.
Ensuite, on est allé à Vittel pour de la préparation physique. Là, on a uniquement fait du travail de course et de musculation. On est ensuite allé en stage avec toutes les étrangères. C'était pour découvrir leur judo, en profiter un maximum parce que c'est la seule période où on peut faire plusieurs randoris avec elles. Ca a été très dur, très long.
Ensuite, on a fait Aix-en-Provence où, là, nous n'étions qu'avec des Françaises. On a travaillé beaucoup plus technique et, au niveau durée, c'était beaucoup plus court et plus intensif. Maintenant (1er septembre), c'est encore plus intensif mais beaucoup plus court. On privilégie surtout le repos parce qu'on est toutes très, très fatiguées après cette longue période. C'est plutôt la qualité que la quantité.

Y a-t-il certaines adversaire que vous craignez particulièrement ?

Tous les pays asiatiques sont très forts. La Chinoise, la Coréenne et la Japonaise particulièrement. Et les Cubaines aussi sont très fortes. Maintenant, toutes les Européennes sont fortes aussi. Mais, vraiment, les plus fortes sont les Asiatiques et les Cubaines.
Mes adversaires vont me regarder différemment maintenant que je suis championne d'Europe, ça c'est sûr. Mais, pour moi, cela ne change rien. Je vais tout faire pour donner le maximum, tout faire pour gagner.

Le fait que vous preniez la succession de la championne olympique, Marie-Claire Restoux vous donne-t-il une pression supplémentaire ?

Non du tout. Cela ne me donne pas de pression supplémentaire. Il faut tourner la page. Quatre ans, c'est long. C'est long et c'est court. On a l'exemple de Cathy Fleury qui a gagné à Barcelone et, quatre ans après, fait Atlanta et ça ne marche pas. Donc, cela peut très bien changer. La preuve, c'est qu'aujourd'hui, les sélectionneurs ont pris la meilleure du moment. Donc, je n'ai pas de pression supplémentaire. C'est vrai que, peut-être, tout le monde m'attend au tournant
. Mais, moi, je n'ai rien à prouver. Je le fais pour me faire plaisir avant tout. Je ne pense pas à ce qu'a fait Marie-Claire. C'est vrai que j'aimerais faire aussi bien qu'elle mais je ne penserais pas à elle, je penserais à moi. Et à donner le maximum de moi.




 
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