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    Fabien Canu 
Recueillis par Ludovic Mauchien  L'entretien écrit 


Champion du monde en 1987 et 1989, Fabien Canu est aujourd'hui le directeur technique national (DTN) du judo. Il nous livre ses impressions sur l'équipe de France olympique.

Fabien Canu vise quatre à cinq médailles à Sydney (Photo L'Equipe)

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Quel est l'objectif du judo français à Sydney?

Quatre à cinq médailles, ce serait bien. Il y a eu six médailles à Atlanta où on avait fait un super résultat. Donc, s'il y a quatre à cinq médailles avec une médaille d'or, ce serait parfait.
C'est difficile de réaliser deux gros événements dans une saison sportive, donc des championnats d'Europe réussis et les Jeux.
C'est un pari audacieux. Je me rappelle qu'en 1992, donc avant les Jeux olympiques de Barcelone, les filles avaient raté le championnat d'Europe et avaient superbes aux Jeux. Et, inversement, les garçons qui avaient réussi les championnats d'Europe n'avaient pas raté les Jeux mais avaient été moins bons.
Donc attention à ça. Il ne faut pas que les filles se laissent embarquer par un état euphorique et retomber de haut - ce serait dommage - aux Jeux. Donc, c'est ce qu'on essaie de faire.
Maintenant qui sera, des deux équipes, les mieux aux Jeux ? Moi, j'espère que les deux seront bien, tout simplement.

Quelles sont les qualités de Larbi Benboudaoud ?

Larbi sait déjà tout parce qu'il est plusieurs fois champion d'Europe, champion du monde. C'est déjà un gros, gros palmarès du judo français. Donc, lui, ce mental de champion, toutes ces qualités, il les a.
Il faut que cela encore un petit peu, au moins jusqu'à Sydney - il n'y a pas de raison - pour qu'il puisse encore s'exprimer et qu'il obtienne un titre de champion olympique. S
a grande force, c'est d'abord un gros mental qui ne doute jamais. Il aime la compétition. Il y a des gens comme ça qui se transcendent, qui aiment le défi, qui aiment le combat. Lui, il adore ça. C'est sa grande force.
Il a aussi cette particularité de - on l'appelle le chat - rarement tomber. Quand il est en mauvaise posture en l'air, il arrive toujours à se rattraper et faire en sorte de ne pas prendre d'avantage. Ca aussi, c'est son gros point fort.

Comment trouvez-vous David Douillet ?

Sur David Douillet David est en train de se refaire une seconde jeunesse. Il a eu tous ces pépins que l'on connaît. Il y a un mois, il a été faire un tournoi enfin sans avoir de difficultés physiques, en disputant cinq combats.
Il a retrouvé un moral de jeune et, de jour en jour, ça s'améliore. Est-ce que ce sera bien pour Sydney ? On verra. Ce sera peut-être un peu juste. On ne sait pas encore. Mais il est dans un état euphorique et, quand on a à faire à des grands champions comme ça, ils nous surprennent parfois. Ils sont hors normes.
Alors, pourquoi pas une surprise avec lui à Sydney ? C'est certainement son plus gros défi parce qu'il a huit ans de carrière derrière lui, il a de multiples médailles d'or.
Compte tenu des circonstances, c'est certainement le pari le plus difficile à relever.

Quel est votre regard sur l'équipe de France féminine ?

Il y a toujours une part de doute. D'abord, nous sommes dans un sport où ne mesure pas les performances des athlètes. Ce n'est pas du 100 m, ce n'est pas de l'haltérophilie. On pourrait dire : aujourd'hui, tu vaux tant. Il y a une notion un peu subjective.
Cela dit, l'état d'esprit est superbe. Cette équipe de France féminine qui avait fait un très, très beau championnat d'Europe il y a quatre mois, semble toujours être sur cette lancée euphorique d'un état d'esprit conquérant.
Cette nouvelle génération, puisqu'il y a des filles comme Barbara Harel, Laëtitia Tignola entre autres qui sont toutes nouvelles, a l'air de bien assumer cette responsabilité d'être aux Jeux olympiques.

Et cette équipe de France masculine ?

C'est une équipe un peu plus expérimentée avec Djamel Bouras, Stéphane Traineau, David Douillet. C'est donc une équipe de vieux briscards.
C'est une équipe qui a besoin de revanche parce que, c'est vrai, cette année, elle a été moyenne au niveau des performances par rapport aux filles, notamment aux championnats du monde et championnats d'Europe.
On sent que cette équipe expérimentée a envie de prouver quelque chose, a envie de prouver qu'elle n'est pas finie et qu'elle peut encore faire de belles choses.

Avez-vous noté une évolution du judo depuis votre arrêt en 1992 ?

Comme beaucoup de disciplines sportives, il y a une énorme évolution, d'abord au nombre de pays qui pratiquent. Il y aura 90 pays aux Jeux. On sera le quatrième sport au nombre de pays participants malgré le système de quotas.
Maintenant, on ne va plus aux Jeux de son plein gré. Donc, une concurrence internationale qui n'a fait que s'accentuer, qui est farouche. Ca, c'est nouveau. Un judo qui va plus vite, qui est plus dynamique, qui est plus puissant.
Moi, je ne dirais pas que c'est l'avant-guerre mais j'ai arrêté il y a huit ans et ce n'est plus la même chose. C'est plus technique.
Plus vite, plus intensif, pas plus technique. Un peu plus technique parce que l'arbitrage, maintenant, favorise un peu plus le jeu d'attaque donc c'est un peu plus technique.
Mais c'est surtout beaucoup plus intensif, beaucoup plus physique. Cela va beaucoup plus vite. C'est les qualités physiques qui ont, avant tout, évolué. Par rapport à l'état d'esprit que vous avez connu en équipe de FranceÂ… C'est le même.
Vous savez, quand on veut comparer les champions d'hier et d'aujourd'huiÂ… Un champion d'il y a trente ans avait un super état d'esprit que l'on retrouve aujourd'hui. Là-dessus, je ne crois pas qu'il y ait eu beaucoup d'évolution.
C'est celui qui a le plus envie, celui qui est capable de se transcender dans les grands rendez-vous, celui qui fait preuve d'un gros tempérament. Ca, c'était valable il y a vingt ans. C'est encore valable aujourd'hui. Je crois que l'état d'esprit n'a pas beaucoup évolué.

Que pensez-vous de Laëtitia Tignola ?

Elle possède de grosses capacités physiques. On le sait. Il y a quatre - cinq ans, elle devait faire les Championnats du monde mais elle s'est blessée et elle ne les a pas fait. Marie-Claire Restoux a su sauter sur l'occasion pour faire une superbe carrière.
Laëtitia est très puissante. Elle sait faire beaucoup de choses techniquement. Ca, c'est son point fort. Elle a un mental qui a eu parfois des hauts et des bas notamment suite à cette blessure. Mais elle s'est accrochée. La preuve en est que, cinq ans après, elle n'a pas lâché le morceau et elle va disputer les Jeux. Elle a beaucoup progressé psychologiquement ces derniers temps, notamment au Championnat d'Europe parce que sa qualification passait au moins par un bon résultat à ce championnat. Elle l'a gagné. Donc elle a prouvé, ces derniers temps, - et c'est ça la nouveauté - qu'elle a su se forger un mental de championne. Maintenant, on verra aux Jeux de Sydney ce que cela donne pour le résultat final. Mais c'est vrai que c'était d'abord un physique et des qualités techniques et, puis, -vous savez, les champions, il faut être bon dans tous les domaines - la petite touche psychologique est apparue ces dernières années.




 
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