| |
|  | | Revoilà Douillet ! |  |
|
|
Après plus de deux mois loin des
tatamis pour cause de blessure au dos,
le quadruple champion du monde a de
nouveau endossé, hier, la tenue du
judoka. Il a passé le test sans souffrir
et a désormais 200 jours pour essayer de
redevenir champion olympique.
|
| IL est entré
dans le dojo de France de l'INSEP, hier, à
15 h 35, un judogi bleu rutilant sur le dos. «
J'ai une telle crève que je me suis endormi
après déjeuner ! Mais bon, je voulais venir
aujourd'hui, même pour une petite heure. »
A deux cents jours du début des Jeux Olympiques
de Sydney et le jour du deuxième anniversaire de
son petit Mattéo, la symbolique était forte.
Alors, malgré le rhume refilé par ce même Mattéo
et quitte à arriver en retard ce qui n'a
surpris personne ! , David Douillet
n'entendait pas manquer son officielle
séance de reprise. Il a commencé tranquille,
par une bonne dizaine de minutes
d'échauffement, étirements au sol et
debout, pompes... « Je suis obligé de démarrer
tout doucement », explique-t-il, presque pour
s'excuser de ce « retard » supplémentaire
infligé à ses observateurs. La « machine » est
désormais longue à se remettre en marche. Il est
à peine 16 heures et Olivier Mélicine, un
mi-lourd à peine sorti des juniors, est désigné
sparring-partner volontaire. Les deux coaches
Laurent Del Colombo et René Rambier, tout en
surveillant l'entraînement qui bat son
plein au coeur du hall, ont un oeil qui traîne
souvent du côté des deux hommes. « Je me fais
engueuler » On démarre par une série
d'uchi-komi, des répétitions de mouvements
sans opposition réelle ni projection, des
actions toutes effectuées de face, sans jamais
tourner le dos. Ce dos qu'il est encore bon
de ménager un certain temps... Douillet enchaîne
des séries de vingt o-uchi-gari ou o-soto-gari
non terminés. Ce sont deux de ses mouvements
préférés, des grands fauchages avec la jambe,
par l'intérieur ou l'extérieur. Son
haut du corps semble tout de suite très bien
placé, même s'il ne s'agit que de
gentils amusements par rapport à la compétition.
Progressivement, les mouvements se font plus
amples, les déplacements plus rapides. Et très
vite, à peine dix minutes plus tard, on sent
l'homme pressé... Douillet est fébrile, il
a envie de faire tomber, mais il se retient,
pour ne pas provoquer les foudres de ses
entraîneurs. Son judo se durcit, il soulève son
partenaire, se penche et commence à tourner. Une
perle de sueur pend au-dessous de son nez, il
s'essuie régulièrement la figure. Le rythme
s'accélère. Un petit coup d'oeil à la
pendule et, à 16 h 13 exactement, David
craque... Il lance uchi-mata dans le dos de son
partenaire, en montant assez violemment la
jambe. Mélicine frappe le sol et Laurent Del
Colombo, alerté par le bruit, tourne la tête et
s'écrie aussitôt, mimant avec les mains : «
Ooooh ! doucement David ! » Un peu plus tard, ce
sera au tour de Rambier de le reprendre.
Douillet multiplie les projections sans
opposition et, parfois, au lieu de rester bien
de face sur o-soto-gari, il tourne le dos et
tente harai-goshi ou uchi-mata. « O-soto ! crie
Rambier. Ne tourne pas le dos... » Alors, il
s'arrête, souffle un peu, s'hydrate et
reprend des séries toutes simples, comme au
début. « C'est vrai, ça donne envie de
tourner le dos très fort, mais je me fais
engueuler... Je dois faire attention à la
fatigue, au relâchement, ne pas tomber dans le
piège de l'euphorie. » Son
sparring-partner, Olivier Mélicine, avouera plus
tard : « C'est impressionnant de travailler
avec lui. Il récupère bien, même s'il avait
un peu de mal lorsque j'attaquais. Mais
nous n'étions pas là pour forcer. » A 16 h
50, David Douillet salue son partenaire
d'un jour et décide d'en rester là.
Une heure durant, son sourire retrouvé et ses
envies de gamin pour lancer des actions ont
rassuré l'assemblée. Douillet a enfin
retrouvé le bonheur de fouler les tatamis. Et
ça, c'était plus important que tout.
|
|
François PEISSON
|
|
|
|
|