| | | Douillet : « Je vais être fort !
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Le champion olympique et quadruple
champion du monde a repris contact
avec la compétition après quinze mois
d'absence, le week-end dernier,
en Allemagne. S'il n'a pas
gagné, il a en revanche beaucoup
appris sur ce qu'il lui reste à
travailler d'ici les Jeux.
Entretien avec celui qui donne
désormais rendez-vous le 22 septembre
à Sydney.
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| DAVID DOUILLET est rentré de Bonn
dimanche matin, direction le stage de Boulouris,
le dos intact et l'esprit rassuré. En une
journée et cinq combats, dont un perdu face à
Möller, sur une action tentée et réalisée plus
rapidement par l'Allemand, il en a plus
appris qu'en quelques semaines de stage. Il
sait désormais concrètement qu'il est sur
la bonne voie, avec seulement des détails à
mettre au point, des réglages à parfaire. Il a
également rassuré beaucoup de monde, à commencer
par tous ceux qui se demandaient s'il était
encore capable d'enchaîner les combats en
compétition. Dans trente-huit jours, sauf pépin
de dernière minute, il enfilera son kimono pour
tenter de conserver son titre olympique. Pour en
arriver là, Douillet sera passé par tous les
stades, physiques et psychologiques, du plus bas
au presque très haut. C'est un Douillet
décontracté, affable, volubile qui a retracé
avec nous ses mois de galère, fait le point sur
le travail encore à accomplir, évoqué sa reprise
et le plaisir retrouvé, pesté contre ceux qui
l'ont trop vite jugé fini, parlé technique,
tactique.
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« David, avec un peu de recul,
quels ont été les vrais points positifs et
négatifs de votre prestation au tournoi de
Bonn, samedi dernier ?
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| Ce qui m'a
vraiment emballé, c'est la précision,
l'impact de mes attaques,
l'efficacité. Mon manque de déplacement
m'a moins plu, mais je le savais déjà avant
de venir. Et cela implique un manque de
situations difficiles pour l'adversaire. La
prise de garde doit également être plus
confiante, la saisie n'est pas encore assez
nette, ferme. Et puis, dès que j'ai ma
meilleure garde, je dois attaquer aussitôt, sans
réfléchir. À Bonn, je n'y suis pas parvenu
et on a vu le résultat avec Möller. (Douillet a
perdu par ippon face au sélectionné olympique
allemand, vice-champion du monde 1995.)
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Pourquoi avez-vous trop
attendu ?
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| En fait, j'ai été
surpris de prendre ma garde aussi facilement
avec lui. J'ai pris la manche et je me suis
retrouvé là, tout étonné. Trop tard ! Il faut
que systématiquement, dans le millième de
seconde qui suit ma prise de garde,
j'attaque. Ça doit redevenir un
automatisme. Il faut donc faire abstraction
de l'adversaire, parce que là vous avez été
surpris d'être aussi facilement placé face
à un tel judoka. Tout à fait. L'autre
doit être “transparent”. Il ne faut pas que cela
soit réfléchi. Ça doit devenir de
l'instinct.
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Mais ces automatismes, les
avez-vous perdus ?
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| Non, non, on ne les
perd pas. Ils sont toujours en moi, mais il faut
les retravailler pour qu'ils resurgissent à
la surface. Samedi, je me suis aperçu que mon
judo était toujours performant. Et pour
qu'il soit très performant, il suffit de
régler des petits points techniques.
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Mais maintenant il n'y a
plus de compétition, uniquement de
l'entraînement. Vous sera-t-il possible
de les retrouver ?
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| Oui, complètement !
J'en suis sûr. Parce que l'on peut
travailler avec des thèmes. Déjà, j'ai
vérifié l'efficacité à Bonn de certains
automatismes que je n'avais pas lors du
stage d'Aix-en-Provence (fin juillet). Par
exemple, placer mes mains aux bons endroits,
lancer le mouvement dans le temps, pour marquer
ippon derrière. Dans le temps, ça veut dire au
moment où l'on a placé les mains. Le corps
de l'adversaire prend une telle position
que si on lance dans la bonne cadence, on marque
ippon. C'est ce qui s'est passé lors
de mes trois premiers combats à Bonn. À Aix,
cela n'existait pas
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| À un
moment, la nécessité de tout devoir relancer
vous a-t-elle inquiété ?
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| Je dirais oui et non.
Oui, parce que c'est beaucoup de travail.
Non, car j'assimile très vite. Ça revient
très rapidement. Pour accomplir ce que j'ai
fait à Bonn, en toute modestie, il nous a fallu
seulement deux grosses séances de technique.
C'est peu. Ces trucs, je les ai déjà faits,
ils sont acquis. Il suffit de les dépoussiérer
pour qu'ils reviennent. Donc, ça va très,
très vite. Cela exclut malheureusement toute
possibilité de créer autre chose... Oui, ce
n'est pas possible. Mais j'irais même
plus loin, la longue coupure n'est pas
uniquement en cause. Lorsque vous avez
vingt-deux, vingt-trois ans, que vous êtes jeune
senior, votre judo est déjà fait. C'est
extrêmement difficile d'apprendre un autre
mouvement et d'en faire un spécial. Si on
n'a pas la variété technique à cet âge-là,
on ne l'aura jamais.
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Aujourd'hui, avez-vous
l'impression de vous redécouvrir tel
que vous étiez en 1993, 1995 ? C'est le
même judo ?
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| Non, car si le judo ne
varie pas dans les techniques, il diffère dans
la manière d'amener ces mêmes techniques,
dans les prises de garde, dans les enchaînements
de fausses attaques pour amener ces techniques.
Le judo se modifie. Quelques blessures, on
pense à celle du poignet, vous ont aussi obligé
à modifier certaines prises de garde. Vous ne
pouvez plus, de la même façon, placer votre bras
droit dans le dos de l'adversaire... Si,
mais il faut qu'il soit dans l'axe.
Cela n'a pas beaucoup influé sur mon judo,
ça l'a modifié légèrement. Mais je tiens
toujours aussi fort...
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| Avez-vous
l'impression qu'à Bonn on vous a
ôté un énorme poids ?
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| Non, pas un énorme
poids. Mais c'est rassurant, c'est
vrai... Franchement, le matin, lorsque j'ai
mis les pieds sur le tapis, ce n'était pas
du tout comme s'il y avait eu quinze mois.
Plutôt quinze jours. J'ai tout retrouvé
tout de suite. Absolument tout. Les habitudes de
compétiteur sont revenues immédiatement. Moi,
dès que je remets le kimono, ça me calme, ça
m'apaise. Je sais que je vais faire le truc
que je sais faire, mon job.
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Est-ce que ça devenait pesant
?
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| De ne pas faire de
compétition ? Oui.
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Avec aussi ce qui va autour ?
Les interrogations, les questions ?
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| Ouais... (Hésitant.)
Qu'on se pose des questions, je le conçois.
Qu'on se demande : est-il toujours
performant ? Ceci, cela... c'est normal.
Mais que l'on dise : il est cuit, ça, non !
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Vous ne l'avez pas
digéré...
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| Non !
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Parce que cela venait de la
famille judo ou parce que vous aviez
l'impression que l'opinion des
gens changeait ?
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| Cela venait de la
famille judo, mais de la famille éloignée. Pas
des coaches, de l'encadrement, des
dirigeants, des autres athlètes. Ça venait des
“politiques”... C'est usant parce que quand
un type n'est pas dans les meilleures
conditions, il a besoin de tout sauf de ça. Ça
m'a gonflé. C'est un vieux réflexe
franco-français d'appuyer un peu plus
encore sur la tête d'un gars en mauvaise
posture. Ça m'a gavé ! En plus,
c'étaient des rumeurs, au même moment (en
juin, au début du stage à Vittel), venues de
trois ou quatre sources différentes à mes
oreilles. Ras le bol !
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Elles sont surtout tombées
au mauvais moment...
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| Oui, car j'avais
alors besoin de soutien. Je sortais d'une
crise, d'une rechute au dos. J'étais
le dos au mur, je flippais. C'était avant
le début de la préparation, des stages.
J'ai dit à Fabien (Canu) (1) et à René
(Rambier) (2) : “Il faut savoir ce que l'on
veut ! Donnez-moi un coup de main. Voilà ce qui
se passe, ce qui se dit. Faites fermer leur
bouche à certains.” Ils ont lancé les appâts et
m'ont accordé tout leur soutien. Et je
n'ai pas lâché parce que j'ai
tellement galéré pour que ce dos aille bien que
je n'allais pas craquer là, à cet instant.
Et puis pour “Mac” (Jean-Michel Veaudor, son
ostéopathe), tous les gens qui m'ont
aidé...
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Ce n'est pourtant pas
la période où on vous imagine faible,
fragile.
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| Fin mai, j'ai une
grosse crise au dos : reprise de stage à Vittel,
un peu de judo mais sans trop en faire, beaucoup
de kiné. Putain... On est en juin, les Jeux sont
en septembre ! Le temps s'écoule, le chrono
va trop vite.
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Avez-vous ressenti, à un
moment, un peu de doute au sein de la
famille proche, des entraîneurs, des autres
judokas ?
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| (Il réfléchit.) Je
n'ai eu que des messages
d'encouragement de tous les membres de
l'équipe de France.
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| Votre
statut de “star” qui passe à la télé, qui
attire les médias énerve pourtant certains !
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| Oui, je le sens.
Certains athlètes en ont ras le bol de voir que
dès que l'on parle de judo, c'est
Douillet ! Je les comprends, mais d'un
autre côté, j'essaye de leur dire que ce
n'est pas de ma faute. C'est comme ça.
Quelques-uns ont l'impression d'être
au même niveau, parce qu'on est sur le
tapis ensemble, on porte un kimono pareil... Et
en plus, ils se disent : il n'a pas fait de
compet depuis quinze mois, il est titulaire pour
les Jeux et il n'y en a que pour sa gueule.
Mais je leur réponds : je serais très heureux
qu'ils se décarcassent comme je me suis
décarcassé à gagner autant de titres ! Et à
revenir à chaque fois. Il faut comparer ce qui
est comparable... Et je le dis en toute
objectivité. Ils oublient ça, mon palmarès, et
c'est l'essentiel.
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Justement, le Douillet de
l'an 2000 ne passe-t-il pas trop de
temps à devoir se justifier d'être là ?
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| Oui, c'est vrai.
Un peu comme si je prenais la place de
quelqu'un ou que je n'étais pas du
niveau pour aller aux Jeux. C'est un peu
démoralisant, car je sais que lorsque j'ai
le temps pour m'entraîner, pour faire ce
que je veux sans être embêté par une blessure,
je peux être au top au jour J. C'est une
notion que je suis seul à comprendre. Mais pour
le faire comprendre aux gens, ce n'est pas
facile.
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Oui, mais pendant quinze
mois, les autres judokas ont aussi
progressé...
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| C'est vrai.
C'est subjectif. Tant que l'on ne
s'est pas livré avec les mecs, on ne sait
pas vraiment... Mais la perception est purement
et simplement technique. Je sais ce qu'il
faut faire sur un garçon comme Van der Geest, ou
Tmenov, Möller... À partir du moment où on a des
solutions techniques, on n'a aucun état
d'âme. Je sais ce que je suis capable de
faire lorsque j'ai bien travaillé, je
connais mes différents points forts. Et quand je
vois les types combattre, par rapport à leur
garde, à leurs mouvements, je me dis que
c'est possible ou pas.
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Vous avez besoin de combien
de temps pour voir ça ?
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| Deux ou trois minutes.
Un demi-combat. Ce qu'il faut faire au
niveau de la garde pour ne pas qu'il soit
fort. À partir du moment où on comprend le
système de prise de garde de son adversaire, on
va comprendre son système d'attaque. Il
faut arriver à désorganiser tout ça chez lui
pour organiser son propre système
d'attaque.
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Mais le vôtre, on a dû aussi
le comprendre ?
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| Oui, mais j'ai
changé des choses, aussi. J'alterne entre
de nouvelles prises et les anciennes. C'est
vrai que j'ai moins de latitude
qu'avant. Mais les quinze mois d'arrêt
ont été également bénéfiques à ce niveau. Les
mecs m'ont oublié. Ils ne m'ont pas vu
travailler, ils ne m'ont pas eu dans les
pognes.
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Est-ce la raison de votre
attitude bougonne à Aix, en présence des
étrangers ?
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| Oui ! Je déteste voir
les entraîneurs scruter mon judo. Une année,
c'étaient les Japonais. Cette fois,
c'étaient les Néerlandais.
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D'autant que pendant
une préparation, on ne peut pas tricher,
cacher des choses.
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| Si ! À Bonn, je
n'ai pas tout montré. Il y a une technique
que je n'ai pas faite (o-uchi-gari)... Face
à Möller, j'aurais continué dans mon axe
d'attaque, de travail, pour voir. Je ne
voulais pas lui rappeler qui j'étais.
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Et le podium, à Bonn, ça
vous a rappelé...
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| ... des souvenirs ?
(Rires.) Quand je suis monté sur la troisième
place, même si c'était de la kermesse, ça
m'a quand même fait ch... d'être là,
sur le 3.
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Dans le même état
d'esprit, à Aix, vous avez marqué ippon
aux Perez, Pertelson... Vous vouliez montrer
que le “patron” était toujours là ?
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Oui, je sentais bien que ça louvoyait. Alors
j'en ai ciblé deux ou trois Perez, Csösz,
Pertelson et je leur ai mis le compte. Mais
c'est comme en France, il faut que
j'aille les inviter. Ils ne viennent pas
d'eux-mêmes. Il y en a qui ne jouent pas le
jeu, qui ne montrent rien, qui se planquent.
Mais quand on lui montre qu'on a envie
d'y aller franchement, le mec y va. Il faut
le forcer.
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| Dans le
mois et les quelques jours qui restent, la
dose de travail est-elle quantifiable ?
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Oui, totalement. Je sais précisément ce qui
m'attend.
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Ces trente-huit jours,
c'est aussi un décompte avant la retraite.
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Non, je n'ai pas ça dans la tête.
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Concrètement, que reste-t-il
à faire ?
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J'enclenche sur un travail technique axé
sur une prise de garde propre, nette, forte, et
un enchaînement de techniques immédiat. Ensuite,
beaucoup de déplacements. Je vais travailler
avec des mi-lourds, voire des moyens, sans
mettre les bras, pour me rendre plus disponible
en mobilité. De la prise de garde très forte,
aussi, pour verrouiller les mains, comme des
étaux. Et travailler à thème sur des gauchers.
Il n'y en a pas à l'entraînement, eh
bien ! à partir de demain il va y en avoir de
nouveaux. (Sourires.) Il va aussi falloir
poursuivre l'évolution normale, où
l'on transforme l'endurance en
résistance, puis la résistance en puissance.
Tout cela va intervenir après la première
semaine d'entraînement à Paris, fin août, à
trois semaines des Jeux. À Bonn, je n'avais
pas encore cette fraîcheur. Möller l'avait.
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Et le mental ? Allez-vous
vous endurcir ?
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Pas tout de suite. Je durcirai l'histoire
là-bas. Sans changer mes habitudes. Même si la
situation est différente, je suis tout aussi
résolu qu'à Atlanta, alors reconquête ou
pas... Quand tu sens que tu es fort, tu es fort
!
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Et là ?
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| Je
sens que je vais devenir fort... Et on pourra me
poser la question à huit jours des Jeux, je
sentirai si je suis fort ou pas. Ce sera un état
à la fois physique et psychologique. Mais le
mental, c'est naturel, ça se fera tout
seul.
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Le physique, il faudra
aussi le ménager.
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Dès que je suis dans un état de fatigue trop
avancé, hop ! j'ai le dos qui bloque.
C'est l'alarme. Directe. Le lendemain,
je suis comme une planche. Ça m'est arrivé
à Aix, le dernier jour.
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Et vous avez peur, à ce
moment-là ?
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Non, je sais pourquoi. Je sais ce qu'il
faut faire pour que ça revienne. Durant ce
dernier mois, je ferai pareil. J'arrêterai
au bon moment. Laurent (Del Colombo) et Marc
(Alexandre) (3) le sentent aussi.
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On est mi-août. Début avril,
pensiez-vous en être là aujourd'hui ?
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| Je
l'espérais. Mais pas avec toutes les
galères que j'ai eues depuis. Cela tient
pratiquement du miracle.
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Le fameux échéancier voulu
par Fabien Canu a-t-il été réellement fixé ?
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Non, mais les choses étaient claires. J'ai
dit à l'encadrement : je joue franc jeu
avec vous. Si jamais, à un moment ou à un autre,
j'ai le moindre doute quant à la suite, je
vous le dis tout de suite. Il n'y avait pas
de date limite, mais je savais que si je ne
pouvais pas faire le stage d'Aix
normalement, ce n'était pas la peine.
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Revenons à votre sélection
pour Sydney. Votre bon comportement en
juillet, la prestation de Bonn doivent
drôlement rassurer le staff. Ont-ils pu
douter à un moment ?
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Oui, ça les a soulagés par rapport à leur choix.
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Mais ont-ils pensé à un
moment : on va nous reprocher d'avoir
pris David ?
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Non, je pense qu'ils sont au-dessus de tout
ça.
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Parce que, aussi, vous étiez
seul. Pour Marie-Claire Restoux, la
concurrence a joué. Vous n'étiez pas
dans une situation de bagarre identique.
Jérôme Dreyfus n'est pas champion d'Europe.
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Mais s'il était devenu champion
d'Europe en battant les meilleurs,
j'aurais été heureux de lui laisser la
place. Sans problème. Sans démagogie. Pas du
tout, c'est sincère.
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Et si vous aviez été remis
en vraie concurrence, avec par exemple une
médaille de Dreyfus aux derniers Mondiaux ?
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| Ça
ne m'aurait pas posé de problème. J'en
aurai eu si je n'avais pas tout gagné.
Marie-Claire ne va pas aux Jeux parce
qu'elle n'est pas la meilleure à ce
moment-là. C'est une bonne méthode de
fonctionnement. C'est logique, du bon sens.
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Dans le même cas que
Restoux, seriez-vous ressorti en tournoi en
concurrence avec Jérôme ?
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Pas évident... Je ne me suis jamais posé cette
question.
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| Sydney, ça
vous paraît loin, aujourd'hui ?
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Non, parce que j'ai du travail encore. Ça
me paraît plutôt court... Pas trop, mais court,
oui. Du coup, je ne vais pas vraiment
m'arrêter entre le stage de Boulouris (qui
se termine demain) et celui de l'INSEP (qui
démarre le 23 août). Tout en étant vigilant, en
écoutant ma fatigue.
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Passer le dernier jour du
judo à Sydney, c'est bien ?
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Oui, je vais enfin pouvoir défiler !
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Avec le drapeau de la
délégation française, peut-être ?
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Je ne sais pas... Mais ce serait super. »
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Recueilli par Étienne BONAMY
et François PEISSON
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| (1)
DTN.
| (2)
Responsable de l'équipe de France
masculine.
| (3)
Entraîneurs de l'équipe de France
masculine.
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