Dans la salle de
boxe de L'Insep, le visage bouffi, rougi par la répétition
des coups, Jackson Chanet vient d'achever son entraînement.
Auréolé d'un récent titre de champion d'Europe amateur
des lourds, il peaufine sa préparation en vue des Jeux
Olympiques. Rencontre au coin du ring.
Parlez lui de son père et
son visage s'illumine. Jackson Chanet, le
forain de Saint-Dizier cultive et entretient une
admiration sans borne pour son père,
Jean-Maurice. Et le fiston se plaît à raconter
cette histoire : "Mon père a affronté
Lennox Lewis en 1990 pour le titre européen des
lourds. Il a dû abandonner sur blessure. Cela
reste un bon souvenir pour lui car Lennox boxe
toujours. J'aime bien ce boxeur bien que
mon style s'apparente plus à celui de Mike
Tyson." Et Jackson de continuer :
"Tout ce que je fais c'est pour faire
plaisir à mon père. Au début de ma carrière,
personne ne croyait en moi, il a été le seul à
m'encourager"
Boxeur et forain
Chez les Chanet, on
n'est pas seulement boxeurs de pères en
fils, on est aussi forains. Issu de la grande
famille des gens du voyage, jackson monte et
redémonte son stand à longueur d'années
dans la région de Saint-Dizier. Un stand de
punching-ball en guise de gagne pain. Une vie au
grand air dans son mobile home près des siens,
son père, sa mère et sa soeur Donna. "Je ne
pourrai pas vivre autrement, je suis habitué à
vivre dehors toute l'année" Quand il
ne peut pas rejoindre les stages de
l'équipe de France, c'est son père qui
lui donne la leçon. "Parfois entre nous, ça
dégénère, on est deux fortes personnalités et
chacun se rend coup pour coup" dit il en
riant. Les entraînements sont souvent
rudimentaires : dans les villes, Chanet père et
fils ne trouvent pas toujours les
infrastructures adéquates. Qu'à cela ne
tienne, un sac fixé sur un arbre, et en route
pour une séance de frappes. Pour la préparation
physique, rien de bien scientifique : "Je
la fais en montant et remontant mon stand toute
l'année", lance t-il en souriant.
Championnat de France 1999
(Photo L'Equipe)
Championnat de france 2000
(Photo L'Equipe)
Trop tendre pour un poids lourds
Dés l'âge de 7 ans, Jackson
fréquente la salle de boxe de Saint-Dizier.
C'est une petite tête blonde qui singe les
gestes de son père pendant les entraînements.
Dix ans plus tard, même taille, même gabarit,
même poids, et surtout... même détermination,
Chanet Junior marche sur les traces de
Jean-Maurice. Le début de carrière
s'annonce néanmoins difficile. Jackson
doit faire face aux railleries de ceux qui ne
voient en lui qu'un piètre boxeur limité
par son physique. "Qui aurait pu croire en
lui, avec ses 1m75 et ses 85 kilos qu'il
s'imposerait chez les lourds ?"
souligne Ado consentino, entraîneur national.
Jugé trop tendre pour cette catégorie, il est
renvoyé plusieurs fois de stages de
l'équipe de France juniors. En mai 1999,
Dominique Nato, directeur des équipes de France,
décide de lui laisser sa chance au championnnat
de France. Résultat : un titre de champion de
France, une qualification pour les Jeux obtenue
en mars dernier et tout récemment un titre de
champion d'Europe suivront.
Au courage
"Jackson c'est
Monsieur Courage. Il rend facilement 7 à 8 kilos
à ses adversaires qui sont souvent plus grands
et plus lourds. Sa seule solution, c'est la
bagarre avec sa vitesse et sa volonté. Il finit
par s'imposer" remarque Aldo
Consentino. Le courage, c'est le maître
mot. Une marque de fabrique chez les Chanet.
"C'est vrai, on aime se bagarrer. On
marche au défi et jamais on ne baisse sa garde
quelque soit notre handicap". La réputation
dont souffrent les forains, il n'en a cure
: "On a trop tendance à nous cataloguer
mauvais garçons" lâche t-il.
Sydney approche. Il appréhende
sa qualification avec sérénité : "On est un
groupe solidaire, motivés, il n'y a pas de
jalousie entre nous" Son objectif :
médaillable.
Et là
encore, l'histoire pourrait rattraper le
forain champenois : le dernier Champion
olympique français, Roger Michelot, était
originaire de... Saint-Dizier.
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