| |
|  Canu: «Prêts le jourJ» |
|
Les équipes de France entament,
ces jours-ci, leur préparation pour les
Jeux. Elles ont trois mois pour
peaufiner le physique et se forger un
moral. Pour le DTN Fabien Canu,
l'important, c'est
l'état d'esprit que chacun
mettra pour gagner à Sydney. État des lieux.
|
| «FABIEN
CANU, les stages de préparation des équipes
de France démarrent. À trois mois des Jeux,
il était temps de ne plus penser qu'à
ça...
|
| On entame en effet une
longue préparation, mais, à la différence
d'Atlanta, il y a quatre ans, les Jeux de
Sydney sont encore loin. En 1996, on avait
enchaîné Championnats d'Europe et Jeux,
quelques semaines plus tard. Là, nous aurons
tous le temps de bien travailler.
|
|
Aujourd'hui, on revient à plus de
calme. C'était loin d'être le cas
après l'annonce de la sélection pour
Sydney, le 23 mai, qui écartait
Marie-Claire Restoux, championne olympique
des – 52 kg...
|
| Hormis le cas Marie-Claire, qui a
pris des proportions par sa réaction négative,
ça s'est très bien passé, parce que les
athlètes se sont sélectionnés eux-mêmes par
leurs perfs.
|
|
Marie-Claire Restoux s'est beaucoup
expliquée par voie de presse sur sa
non-sélection. A contrario, on vous a peu
entendu depuis. Cette affaire vous posait
problème ?
|
| C'est un
problème qui est devenu une affaire. Dès le
début, elle s'est mal engagée pour
Marie-Claire. Ce début remonte à ma décision
d'écarter un entraîneur de l'équipe
féminine (*), en fin d'année dernière. Sa
réaction m'a fortement surpris. Quand on me
dit : “ Je fais les Jeux Olympiques avec untel,
sinon je ne les fais pas ”, c'est du
chantage. Inadmissible. Je me suis dit
qu'il y avait quelque chose de changé chez
elle. Ensuite, elle a mis du temps pour
comprendre qu'elle se trompait de combat,
qu'elle devait se concentrer sur
l'essentiel, le judo.
|
| | « Dans le même bateau » |
| Au bout du
compte, une telle affaire pourrait amener à
penser que, dans le judo français, il vaut
mieux la fermer ?
|
| Ce qui me blesse dans
cette histoire, c'est qu'on puisse
croire que celui ou celle qui l'ouvre, on
le dégomme. C'est faux. Nous sommes
tellement soucieux de ce côté image, éthique du
sport, c'est notre fonds de commerce. On
sélectionne sur les mêmes critères depuis des
dizaines d'années. Personne n'a une
place acquise, tout le monde est remis en
question. Aujourd'hui, dans sa catégorie,
sportivement, celle qui a le plus de chances
d'être sur un podium olympique, c'est
Laetitia Tignola.
|
|
Après des propos très durs sur vous et
Yves Delvingt, l'entraîneur responsable
de l'équipe féminine, elle a finalement
accepté d'être remplaçante, de
travailler avec ses “ ennemis ” . Vous
n'avez rien dit ?
|
| Je ne voulais pas
qu'on tombe dans le jeu de la réponse à
chaud. Et puis, ses propos étaient bourrés de
contradictions. Elle a accepté le principe de la
sélection comme remplaçante, c'est très
bien pour tout le monde. Je reste persuadé
qu'avec Marie-Claire, on en reparlera.
Maintenant, place aux Jeux.
|
|
Les équipes de France n'abordent
pas cette préparation dans les mêmes
dispositions. Les filles ont brillé aux
derniers Championnats d'Europe, alors
que les garçons ont déçu...
|
| Dans l'équipe
féminine, la dynamique est lancée, il faut la
faire vivre, mais elles doivent vite oublier le
succès des Championnats d'Europe. Ce serait
un piège. C'est plutôt bien d'avoir
plus de trois mois pour passer à autre chose.
Chez les garçons, on est encore en manque de
confiance et de sérénité, ça se sent.
L'équipe se cherche.
|
|
Comment réagir ? En élargissant le
groupe d'entraîneurs de l'équipe
masculine ?
|
| Je vais m'investir
beaucoup sur la préparation. Comme entraîneur.
|
|
Est-ce le rôle du DTN ?
|
| Je pense être capable
d'amener quelque chose, d'aider
l'encadrement et les athlètes à retrouver
la sérénité. C'est déjà arrivé, dans le
passé, qu'un DTN vienne regonfler le moral
des troupes. Je serai présent à partir de
juillet, dès le premier stage à Aix-en-Provence
jusqu'aux Jeux, à 90 % avec
l'encadrement. René Rambier reste le
responsable des entraîneurs, le coordinateur. Je
ne viens pas pour le mettre sur la touche, mais
pour les aider à entraîner des athlètes. Ça fait
un entraîneur de plus.
|
|
Votre présence s'explique-t-elle
par les critiques sur le manque de proximité
dans le travail auprès de quelques athlètes
?
|
| On ne fait pas de
distinguo. Ce serait ne pas mettre les gens en
confiance. Il est faux de croire qu'on
s'est moins occupé de Despezelle, Kheder ou
Demontfaucon. Ensuite, il y a l'affectif.
Très important. Larbi Benboudaoud, Djamel
Bouras, Stéphane Traineau ou David Douillet sont
des anciens de l'équipe de France, avec des
habitudes de fonctionnement. Avec Despezelle,
Kheder et Demontfaucon, l'affinité
n'est pas encore la même, tout simplement
parce qu'ils arrivent. C'est vrai
qu'on a tendance à nouer une relation plus
forte avec ceux avec qui on a déjà vécu des
moments intenses, mais il ne faut pas que ce
soit démesuré, ni que les autres puissent se
sentir délaissés. J'y veillerai. Nous
sommes dans le même bateau jusqu'aux
Jeux.
|
| | « Un échéancier pour Douillet » |
|
Le cas de David Douillet s'inscrit
à part...
|
| Il est parti avec toute
l'équipe à Vittel, il va pouvoir
s'entraîner sérieusement. À partir de là,
on pourra se prononcer, planifier jusqu'aux
Jeux, voir jusqu'à quand c'est jouable
pour la date limite d'un retour. Pour
David, nous fixerons un échéancier auquel il
faudra se tenir. Mais on va déjà attendre son
retour sur un tapis de judo, après trois
semaines d'arrêt. Je n'oublie pas
qu'avant les nouvelles douleurs dorsales,
début mai, tout se passait bien à
l'entraînement pendant deux
mois.
|
| Si on
compare avec la période précédant les
Mondiaux à Birmingham, eux aussi au début de
l'automne comme les Jeux, il y a des
similitudes. Mais que trouvera-t-on de
nouveau dans la préparation ?
|
| Il y aura davantage de
judo, et les stages seront plus durs. Mais le
plus important, dans le haut niveau, c'est
l'état d'esprit. Il faut éviter de
gamberger. Quand on aborde un grand Championnat
et qu'on se sent sur un nuage, on est
capable de faire face à toutes les situations.
Et, le jour J, on est présent, on existe. À la
limite, que les athlètes ne se préoccupent pas
du plan d'entraînement, de ce qui se fait
techniquement, etc. C'est le défaut actuel.
Ils n'ont à penser qu'au jour de
compétition.
|
|
Ils peuvent avoir légitimement des
questions fondées...
|
| Bien sûr. On discute,
après c'est terminé.
|
|
En gros, c'est : “ Faites-nous
confiance ”...
|
| Oui. Encore une fois,
le combat n'est pas à mener face aux
entraîneurs ou au groupe. L'important,
c'est de penser au jour J. À rien
d'autre. »
|
|
Recueilli par Étienne BONAMY
|
| (*) Christian Dyot, qui
coachait, notamment, Restoux en équipe de France
depuis plusieurs saisons.
|
|
|
|
|