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    En route vers Sydney 
  Bouaïta par amour des Jeux 

De notre envoyé spécial à Nouméa
Patrick ISSERT

du mardi 12 septembre

A Sydney, Rachid Bouaïta sera le seul rescapé de l'équipe de France de boxe rentrée bredouille d'Atlanta. Un moment tenté par les pros, il est resté amateur pour effacer 1996.

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La petite salle de Rivière Salée, près de Nouméa, est toute neuve. Trop sans doute. Impossible de faire fonctionner l'éclairage principal. Depuis une demi-heure déjà, huit boxeurs s'y entraînent dans une semi-pénombre. Séance thématique, répétitive, épuisante. D'un coup, la lumière fuse. Quelqu'un a enfin trouvé le bon bouton. «Allez, on recommence tout», menace, faussement cruel, le directeur des équipes de France, Dominique Nato. «Éteignez-moi ça», gémit en écho la voix, faussement plaintive, du coq Rachid Bouaïta. Rires.

Certaines plaisanteries sont symboliques. Celle-ci l'est particulièrement. Longtemps, le destin s'est chargé d'apprendre à Bouaïta, comme à Nato, le sens exact du mot «recommencer». En 1996, Bouaïta (1,69 m, 54 kg) et les autres boxeurs français se présentent pleins d'espoir aux Jeux d'Atlanta. Quatre ans plus tôt, Nato a pris les commandes de l'équipe de France. Il a des idées précises et les applique. Il a «constitué (notamment) un groupe homogène» et «augmenté la somme et la qualité du travail».

Finies les équipes bâties autour d'une individualité. Désormais, il y a deux postulants ou plus pour une seule place dans chaque catégorie, et le nombre de jours passés chaque année en compétition ou en stage, notamment à Cuba, augmente pour osciller entre deux cents et deux cent cinquante. Les résultats suivent, notamment lors de la Coupe du monde en 1994 à Bangkok où six Français sur huit atteignent les quarts.

L'absence totale de médailles pour les boxeurs français à Atlanta est un choc d'autant plus rude. «Sur le coup, ça m'a fait drôle, soupire Bouaïta, qui échoue alors au pied du podium. C'était dur pour nous comme pour les entraîneurs.» Et ce n'est que deux mois plus tard qu'il se décidera finalement à remettre les gants.

 «Je suis dur, je suis fort»

«Je les ai sollicités, lui et quelques autres, pour rester et tenter une deuxième expérience, indique Nato, éternel rebâtisseur d'équipes. Il a des qualités de puissance, de volonté, de courage. C'est un battant, même s'il est vulnérable sur certaines actions. Il aurait pu passer pro», comme d'autres boxeurs de l'équipe d'Atlanta : Blocus, Mendy, Mouchi, Wartelle... «On m'a dit que j'avais la boxe pour passer pro, confirme l'intéressé. J'ai tourné ça dans ma tête. J'ai vu le travail fait jusque-là. Je me suis dit : ce serait dommage.» Il rempile donc pour quatre années d'efforts et de sacrifices dans l'espoir d'effacer à Sydney son échec de 1996, «le plus mauvais souvenir de ma carrière». Pas question de partir à l'aventure.

«J'ai commencé la boxe à huit ans. Je suis dur. Je suis fort. Mais pas sans ma famille, ma femme et mon fils, explique-t-il. C'est ce qui me donne le courage de continuer. Sans ça, je me casserais la gueule.» Du courage, il en a d'ailleurs fallu beaucoup à ce grand admirateur de Laurent Boudouani («c'est mon idole», dit-il du welter médaillé d'argent aux Jeux de 1988). Et notamment au début du mois dernier, quand une opération de l'appendice a jeté une ombre sur sa participation aux Jeux de Sydney, pendant un temps.

Après une éventuelle médaille olympique, même s'il craint «d'être un peu juste physiquement» en Australie, il sera temps pour cet agent hospitalier de vingt-six ans de s'occuper de la suite de sa carrière sportive. «C'est pas encore signé, mais je passe pro après Sydney, sourit l'ancien pensionnaire de l'INSEP. Après deux Jeux Olympiques, des Championnats d'Europe et du monde, je serai mûr. Ce qui m'inquiète, c'est qu'un bon amateur ne fait pas forcément un bon professionnel.» Et encore moins un pro bien loti.

«Chez les amateurs, on cadre tout, assure Nato. Chez les pros, ils ne retrouvent plus cet assistanat. Il n'y a pas de structure logique. Ils sont livrés à eux-mêmes» ou au bon vouloir d'un manager. «Ce qui manque, c'est un système à l'allemande, reprend le directeur des équipes de France. Une structure professionnelle avec des managers et des entraîneurs qu'ils connaissent.» Mais avant d'affronter ce type de problème et de recommencer une nouvelle carrière, il y a pour Bouaïta, seul membre de l'équipe d'Atlanta finalement présent à Sydney, un tout autre défi à relever. Simple question d'honneur.








 
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