Fabian Cancellara ne fanfaronnait pas quand il annonçait son ambition de remporter la course en ligne devant son public. Le rouleur suisse avait les jambes pour être champion du monde sur un circuit pour puncheurs. Il a réussi à passer les bosses en jouant sur sa puissance et aurait pu partir dans la descente dans le dernier tour si Samuel Sanchez l'avait relayé. Mais le Suisse a été victime du marquage de ses principaux rivaux, ce qui a ouvert le podium à des outsiders.
Dans ce beau final, les nations «moyennes» ont réussi à éviter le match Espagne - Italie qui semblait incontournable. L'Australie n'a pas hésité à faire rouler Sulzberger et O'Grady quand l'Italie a tenté un coup de poker en envoyant le tenant du titre Alessandro Ballan, accompagné de Scarponi et Visconti, à l'attaque à plus de 100 kilomètres de la ligne. Dans le final, les Espagnols étaient trois parmi les neuf derniers coureurs en lice pour le podium mais Joaquin Rodriguez, parti avec Kolobnev et Evans, était le moins frais de leurs représentants. Evans a lui parfaitement joué le coup. Il s'est fait oublier, a suivi les meilleurs et a porté une seule attaque, décisive.
L'ironie du sort, c'est que c'est un spécialiste des Grands Tours, pas forcément connu pour son sens de la gagne, qui s'impose dans l'une des plus belles courses d'un jour. Surtout qu'il était passé à côté du Tour de France et qu'il avait attrapé in extremis le podium de la Vuelta. Je pense qu'il devait commencer à se poser des questions et ce titre mondial va évidemment le rassurer. Juste un clin d'oeil : il doit encore apprendre à lever les bras ! A sa place, j'aurais ralenti à 200 mètres de la ligne pour exulter. Dans cette course d'outsiders, les Français n'avaient simplement pas les jambes pour suivre quand ça visse. C'est une course de 262 km et, à part Chavanel, aucun coureur n'a une grande expérience des longues classiques.

Pour gagner dans les prairies de l'Essex en août, sur un parcours olympique atypique,...