Cela puait la belle histoire de basket. Le terreau d'abord, celui de la Joventut Badalona et de l'ancienne salle où Jordi Villacampa toréait le ballon à l'ancienne, à l'orgueil, à deux pas du palais des sports où se forgea la légende de la Dream Team en 1992 (Ricky n'avait pas deux ans). Et puis ses parents qui le protégent des médias et le buzz qui monte, qui monte de l'autre côté de l'Atlantique et explose avec la finale olympique de Pékin où le gamin, après un tournoi moyen, ne doute pourtant de rien. S'enchaînent une cinquième place à la draft 2009, un pas de clerc à l'heure de rejoindre Minnesota, son engagement à Barcelone, une Euroligue victorieuse et puis... un énorme coup de mou.
Comme beaucoup, on s'est alors demandé si Rubio tiendrait un jour les promesses de Ricky. Il pioche à Barcelone, s'efface en sélection, palit, s'étiole, shoote mal, joue moins juste, inquiète sur sa capacité à tenir en défense de solides point guards NBA. Finalement, il arrive chez les Wolves au début d'une saison raccourcie et nerveuse. Il envoie du caviar. On tord le nez, on n'y croit plus, on en veut plus. Le prodige catalan est-il déjà bouffé au mythe ou a-t-il une réalité ?
La poussière des premiers duels n'est pas encore retombée mais dans une classe de rookies très portée sur l'arrière, où Kyrie Irving a pris les commandes des stats (13,2 points de moyenne), Rubio, après quatre matches, tient son rang (9,5 points, 7,3 passes en 27 minutes). Son shoot extérieur fonctionne (les défenses ne le serrent pas trop), il manoeuvre à la perfection dans le pick and roll avec un Kevin Love qui a drôlement l'air d'aimer ça. Ricky a des minutes, même plus que les meilleurs débutants de l'exercice (MarShon Brooks, Norris Cole, Brandon Knight, Kemba Walker notamment).
Les Wolves sentent qu'il y a là un ferment, un élan. Dwyane Wade assure même qu'ils possèdent «un bijou». Avant de croiser le fer avec Tony Parker ce lundi, le Catalan avait joué en entier tous les derniers quarts-temps de son équipe, soit l'équivalent d'un match à 21 points (à 7/10), 14 passes, 9 rebonds... Doit-on croire en Rubio ? Sa passe décisive pour Anthony Tolliver entre les jambes de Nowitzki n'ajoute rien à sa gloire mais relance le buzz. On en appelle à Pete Maravich, à Steve Nash, à Jason Kidd... Et si, entre Rubio et Love, se retissait plutôt une alchimie façon Stockton-Malone ? En un peu plus glamour, un peu moins exclusive. Aussi dévastatrice ? Il a l'air de croire en lui. Du coup, nous aussi.
Jean-Luc THOMAS
Pendant la saison, Kévin Séraphin vous fera régulièrement vivre de l'intérieur son...