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Le 01/09/2010 à 14:59 | Mis à jour le 01/09/2010 à 15:08

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Quand la nature fait sa loi

La météo a contraint les organisateurs à annuler l'Ultra Trail du Mont-Blanc, le week-end dernier. Une décision pleine de sagesse qui rappelle que la montagne n'est pas une piste d'athlétisme.
Premier Français de la course de substitution, Julien Chorier a pris la 4e place au terme des 88km remportés par l'Anglais Jezz Bragg. (Photos Pascal Tournaire)(DR)
Premier Français de la course de substitution, Julien Chorier a pris la 4e place au terme des 88km remportés par l'Anglais Jezz Bragg. (Photos Pascal Tournaire)(DR)

Adieu, veaux vaches, bouquetins et... courbatures ! Depuis des semaines, j'évoquais régulièrement dans cette chronique The North Face Ultra Trail du Mont-Blanc (UTMB), la course devenue mythique avec ses 166km au départ de Chamonix tracés autour du massif du Mont-Blanc (n°5 au classement publié par le mensuel Jogging International concernant les « 10 courses à faire au moins une fois dans sa vie »). Des semaines que plusieurs milliers de coureurs ne pensaient plus qu'à ça. Des semaines à s'entraîner, à orienter sa vie pour cette course. Des semaines, parfois aussi, à faire des sacrifices financiers pour ce week-end où certains sont venus de très loin (57 pays représentés dont plus d'une centaine de Japonais). Et pan, après 30km pour les meilleurs et 21 pour les autres, la course est arrêtée puis annulée. Même pas le temps d'avoir un p'tit peu mal aux guiboles.

«Nous étions sous une tempête très impressionnante, coincés dans un abri dont il était très difficile de sortir (...) Laisser monter plus de 2000 coureurs aurait été irresponsable. »

La faute à une météo devenue trop dangereuse. « Nous étions sous une tempête très impressionnante, coincés dans un abri dont il était très difficile de sortir, raconte un médecin présent au Col de la Seigne, point de passage de la course, sur le forum de l'épreuve. Des vents très violents soufflaient au col (quasi impossible d'avancer face au vent et malgré un équipement étanche maximum, une durée d'expo aux conditions extérieures de quelques minutes seulement). Sol inondé, sentiers transformés en torrents de boue et rivières naturelles gonflées avec immersion au-delà des chevilles obligatoires. En tant que médecin, il etait de mon avis très dangereux de faire passer des coureurs sans risques potentiellement vitaux. Peut-être que les champions qui courent dans la montée et redescendent en trombe pouvaient passer sans s'arrêter. Mais laisser monter plus de 2000 coureurs aurait été irresponsable. »

La théorie du grand complot

La décision des organisateurs fut donc pleine de sagesse. Quelle que soit la frustration qui en découle. Même si la course de montagne ne doit pas être réduite à une randonnée sportive sous le soleil, aucune course ne justifie de mettre en péril la vie des gens. En baver ok (c'est même parfois ce que l'on recherche), mais y jouer notre peau, non ! La montagne a décidé nous rappelant que dans l'appellation « sport nature », le mot nature restait le plus important.

Et tant pis pour les éternels râleurs nombrilistes qui plutôt que de se réjouir qu'aucune vie n'ait été perdue dans la montagne, préfèrent se perdre dans la théorie du grand complot, et lancer des accusations sans aucun fondement concret, juste parce que, eux, savent forcément mieux que les autres ou que « quelqu'un leur a dit que ». Dans une telle situation de crise où mille problèmes doivent être réglés dans l'urgence et des décisions prises le plus rapidement possible, comment reprocher à une organisation de ne pas avoir toutes les réponses dans l'instant ? Alors oui, il y a des bugs, oui certaines erreurs dans la gestion de la situation auraient pu être évitées, mais mettons-nous juste une seconde à la place de l'organisation. Plus de 2000 coureurs ont pu être rapatriés relativement rapidement en mobilisant mairies, bénévoles, trains, bus, etc. Plus de 1200 coureurs ont pu repartir le samedi sur une course de "consolation" de 88km mise en place dans la nuit au départ de Courmayeur, grâce à la mobilisation et l'enthousiasme des organisateurs et des toujours si précieux bénévoles.

ETRE UN « FINISHER » DE L'UTMB EST UN ABOUTISSEMENT POUR BEAUCOUP, EN ETRE UN « STARTER » EST DEJA UN HONNEUR ET UN PRIVILEGE.

Pas question non plus d'être naïf. Comme pour toutes ces organisations qui rassemblent plusieurs milliers de coureurs et qui mobilisent de gros moyens logistiques, des sponsors et des médias, l'aspect financier était évidemment à prendre en compte. L'UTMB est une grosse machine avec ses bons côtés mais aussi ses mauvais. Mais sauf à faire preuve de mauvaise foi, tout le monde est au courant et personne ne met un pistolet sur la tempe des participants au moment de l'inscription.

Etre là, un rêve qui se réalise

Malgré tout, les « starters », loin d'imaginer alors qu'aucun d'entre eux ne serait cette année « finisher » ont vécu un moment rare à l'heure du départ. Des coureurs qui pleurent. Des spectateurs aussi. Des regards échangés d'une intensité inouïe, l'impression de voir des soldats partir en mission pour libérer le pays dans une longue procession. A Chamonix, les coureurs sont des héros avant même leurs premières foulées. Dans ces moments, où la plupart des spectateurs amassés dans les rues ou sur les balcons, sont des accompagnateurs, on perçoit toute la dimension de l'événement. S'attaquer à l'UTMB représente bien plus qu'une expérience personnelle. Elle implique toute une famille, tout un cercle d'amis d'abord supporters avant de vite devenir fans. Ce départ ressemble déjà une arrivée. L'arrivée de plusieurs mois de sacrifices familiaux, parfois financiers et d'un investissement à la hauteur du défi.

C'est un premier rêve qui se réalise, celui d'être là, au pied de cette église de carte postale, sac sur le dos, prêts à s'attaquer à ces 166km. Car si être un « finisher » de l'UTMB est un aboutissement pour beaucoup, en être un « starter » est déjà un honneur et un privilège. Cette énergie, 2300 coureurs l'ont reçue vendredi dernier. Un souffle et une flamme qui les auraient sans nul doute accompagnés et réchauffés tout au long de leur périple. Alors cette énergie, souhaitons juste à toutes les personnes présentes à Chamonix le week-end dernier de la conserver précieusement et de s'en servir dans la vie tout court. Celle qui compte vraiment. En n'oubliant jamais que tout ça n'est que du sport.

Pascal GREGOIRE-BOUTREAU
(Twitter: @pgb51)

L'EXPERT

Pascal Grégoire-Boutreau

Pascal Grégoire-Boutreau est grand reporter à L'Equipe depuis 1998. Triathlète et pratiquant de trails, raids, etc, il a couvert depuis dix ans de très nombreux sports.
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