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Le 14/07/2010 à 20:34 | Mis à jour le 15/07/2010 à 13:17

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Pas de mal à se faire du bien

Le sport de haut niveau ne fait pas de cadeau. Certains champions peinent parfois à remonter la pente après un échec. L'itinéraire de la triathlète Marion Lorblanchet illustre ce monde où la quête de la perf fait parfois oublier le plaisir, et peut même éteindre les plus beaux des sourires.
A 27 ans, Marion Lorblanchet a retrouvé le goût du sport de haut niveau grâce au Xterra (Photos : T. Sourbier/Onlinetri et Jackvan) (DR)
A 27 ans, Marion Lorblanchet a retrouvé le goût du sport de haut niveau grâce au Xterra (Photos : T. Sourbier/Onlinetri et Jackvan) (DR)

Dimanche dernier, Marion Lorblanchet a remporté le Xterra France à Xonrupt-Longemer, dans le massif des Vosges. Le Xterra, c'est une version « nature » du triathlon avec du VTT et un parcours à pied très typé trail. Une discipline qui se développe de plus en plus et qui attire de plus en plus de champions du triathlon traditionnel. Pour Marion, championne du monde juniors 2002 en triathlon, c'est, à 27 ans, une « seconde carrière », peut-être même une renaissance. L'autoroute vers la gloire que beaucoup lui promettaient au début de sa carrière s'est en effet transformé en un chemin tortueux avec quelques sorties de route et parfois l'impression d'entrer dans une impasse.

Tout roulait pourtant parfaitement jusqu'au 9 mai 2004. Ce jour-là, à Madère, Marion, cinquième des Championnats d'Europe quelques semaines auparavant, joue sa qualif pour les Jeux olympiques d'Athènes à l'occasion des Mondiaux. Pas besoin d'un exploit pour assurer un deuxième quota à la France et donc son propre billet olympique. Une place honnête lui suffit. Mais alors que toutes les concurrentes sortent de l'eau pour attaquer les 40km de vélo, pas de Marion à l'horizon. Son vélo reste désespérément accroché dans la zone de transition. Triste vision. Un blocage respiratoire a englouti les espoirs de Marion, ramenée sur la plage sur un canot. La France n'aura qu'un billet et seule Delphine Pelletier verra la Grèce. Début d'une sale période. Physique d'abord avec une succession de blessures dont une hanche en vrac suite à un surentraînement. Un virus lui pourrit aussi la vie plusieurs mois. Mais la fracture est surtout morale. Ce téléphone qui ne sonne plus, la sensation d'abandon et la dépression à la clé. « Tous ces gens qui soi-disant croyaient en moi ont vite disparu, raconte Marion. Je sais que le sport de haut niveau, ce n'est pas du social mais cela n'empêche pas d'avoir un côté humain. »

"Me construire des nouveaux rêves"

Quatre ans plus tard, pour les Jeux de Pékin, Marion, devenue championne de France en 2007, devra à nouveau se contenter du statut de « suppléante ». C'est le temps de la remise en cause et des choix. « On dit souvent que le sport doit être au service de la vie et non pas l'inverse. Les sportifs donnent toujours des formules toutes faites sur la valeur du sport. Le discours est souvent beau mais il faut ensuite l'appliquer. Et dans la réalité, j'ai souvent vu des comportements complètement opposés. Evidemment, le sportif de haut niveau doit être concentré sur sa pratique mais on est vite sur une corde où l'on est si assisté et désociabilisé qu'on peut vite basculer. Perso, je virais maboule. »

Retour en Auvergne, à Clermont, là où elle se sent bien, auprès des siens et notamment de ses parents Christine et Michel, précieux et inestimables soutiens dans les moments durs. « Les volcans m'ont remis en place, rigole-t-elle. Désormais, je suis bien dans mes baskets. Je ne prends plus le départ d'une course avec la boule au ventre en ne voyant que ce que j'ai à perdre. Cela n'empêche pas d'avoir l'envie de se faire mal, de repousser ses limites et de surpasser. J'avais perdu cette envie de progresser encore et toujours. Mon rêve d'athlète était de participer aux Jeux. Ce fut un coup dur de comprendre que je ne le réaliserai jamais. Mais, ça y est, c'est encaissé. Maintenant, je veux avancer et me construire de nouveaux rêves. » Et comme elle l'écrit sur son site internet, rester fidèle à la devise martelée par son père Michel : « Il y a pire que de ne pas avoir réussi, c'est de ne pas avoir essayé ».

Seconde de l'half-Ironman de Monaco en 2009, Marion, qui a perdu son statut d'athlète de haut niveau et du même coup son contrat avec l'Armée qui lui garantissait un revenu, s'est désormais orientée vers le Xterra avec des résultats prometteurs et surtout une nouvelle approche de sa pratique. « Même s'il y a toujours l'esprit de compétition, j'ai l'impression d'être revenue aux vraies valeurs du sport, d'avoir retrouvé pourquoi j'ai voulu faire du sport, éclaire « Bubu ». A un moment, le fait de vivre en circuit fermé au sein d'un pôle m'avait presque fait devenir une fonctionnaire du sport. Le plaisir retrouvé, l'équilibre dans ma vie de femme et dans ma vie professionnelle où je prépare mon diplôme de diététicienne, tout ça contribue à ma réussite. Aujourd'hui, le sport me permet de m'épanouir. Pour de vrai. »

Si le triathlon garde malgré tout une place privilégiée dans la vie de la petite soeur de Thomas, le champion du monde de trail, il n'est plus l'unique centre de sa vie. Fin juin, Super Marion a pourtant pris la quatrième place du Championnat de France. Dimanche, à l'aube (départ à 6 heures du matin !), elle sera au départ du Grand Prix de Paris, au pied de la Tour Eiffel avec ses copines du club de Montpellier. Et surtout avec la joie d'avoir retrouvé son grand sourire. Un sourire et un bien-être qui, à coup sûr, valent toutes les médailles du monde.

PASCAL GREGOIRE-BOUTREAU
(twitter : @pgb51)

ET PENDANT CE TEMPS LA...

ULTRA : BADWATER.- Vincent Toumazou est venu à bout de la Badwater, l'une des courses réputées parmi les plus dures au monde qui se déroule dans la Vallée de la Mort, aux Etats-Unis (voir chronique "L'été s'ra chaud"). Pour sa première participation, le Français a bouclé les 217km (4000m D+) en 38h4'12'' (34e). L'Américain Zah Gingerich l'emporte en 24h44'48'' tandis que sa compatriote Jamie Donaldson s'impose chez les femmes (3e au scratch) en 26h16'12''.

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L'EXPERT

Pascal Grégoire-Boutreau

Pascal Grégoire-Boutreau est grand reporter à L'Equipe depuis 1998. Triathlète et pratiquant de trails, raids, etc, il a couvert depuis dix ans de très nombreux sports.
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