Après plusieurs semaines où cette chronique vous a conduits sur les pentes enneigées, il est temps de déchausser les skis et de laisser tomber la doudoune, les moon boots et la cagoule. Attention au choc thermique. Direction le désert de l'Akakus, au sud-ouest de la Libye, cadre de la cinquième édition du Libyan Challenge, du 21 au 28 février. Partis à 47 lors de la première édition, ils seront cette fois 163 venus de 18 pays à s'élancer pour un périple de plus de 200 km, non-stop, et en autosuffisance alimentaire.
Une idée qui a germé dans l'esprit de Jean-Marc Tommasini, passionné de course à pied de retour d'un treck et désireux de partager avec d'autres coureurs la magie de ce désert. « Courir une aussi longue distance dans un pays au passé récent très agité, cela crée forcément une atmosphère un peu particulière, confie Tommasini. Mais la Libye a beaucoup changé au cours de ces cinq dernières années. La première fois, faire entrer une caméra était presque considéré comme de l'espionnage. Cela n'a plus rien à voir maintenant. C'est un pays très calme avec des gens d'une grande gentillesse. »
Contrairement au Marathon des Sables, doyen de ce type d'épreuve qui fêtera en mars prochain ses 25 ans avec 250 km à parcourir en six étapes, le Libyan se dispute en un seul tronçon. Pour éviter de perdre quelques coureurs dans le désert (cela fait toujours désordre), une centaine de points GPS enregistrés dans les montres Garmin prêtées aux compétiteurs permettent de s'orienter au milieu des dunes, rochers et montagnes. « Ça crée un peu de stress supplémentaire, explique Tommasini. Les concurrents ne peuvent pas courir la tête dans le guidon et sont obligés d'analyser leur route. » « Ça oblige à rester vraiment concentré car une petite déviation d'un degré peut vous mettre à 500 m du point de passage, poursuit Sébastien Chaigneau, 37 ans, vainqueur des trois dernières éditions (moins de 30 heures pour les premiers, plus de 75 h pour les derniers). A certains endroits, ce sont vraiment des méandres où seul un homme peut passer. Il faut donc tomber pile poil sur le passage si on ne veut pas se retrouver dans une impasse. »
Gestion du tracé, mais aussi gestion des conditions extrêmes. « Le jour, il peut parfois faire plus de 40° avec une hydrométrie pratiquement nulle. Et la nuit, il fait 0° », explique Chaigneau. Une amplitude thermique que l'organisme a souvent du mal à encaisser. D'autant plus quand la fatigue rend chaque foulée plus pénible et que dans la tête s'enclenche une tempête cérébrale. Un combat entre l'envie d'arrêter sur le champ la « plaisanterie » et celle de poursuivre son chemin. Souvent un chemin intérieur. Seule la perspective de rallier le point de contrôle suivant permet d'avancer encore et encore. Et c'est là, qu'en plus de recevoir l'eau (le seul élément fourni aux coureurs qui doivent avoir au départ un minimum de 7000 calories), les sourires, les encouragements des bénévoles et des autres concurrents embarqués dans la même galère réussissent à vous convaincre de poursuivre votre route. « Plus qu'une course, c'est avant tout un voyage, explique Sébastien Chaigneau. C'est aussi des rencontres. D'abord avec des gens. D'une année sur l'autre, on retrouve des amis touaregs sur le campement. Cet aspect humain est essentiel. C'est aussi une rencontre avec un lieu. Il est souvent dit que l'Akakus est l'un des plus beaux déserts du monde. Et ce ne sont pas que des mots. »
Troisième au scratch l'an dernier et bien entendu première féminine, la Stéphanoise Alexandra Rousset, 39 ans, est elle aussi sous le charme. « Se retrouver comme ça dans le désert, c'est génial, explique l'ancienne vainqueur du Grand Raid de la Réunion (2004). J'adore. Ces longues courses sont très particulières. Il faut y participer pour comprendre. Lors de ma première participation, j'avais pris un coup de chaud. Je me suis assise par terre. Il n'y avait aucun bruit. J'avais l'impression d'être seule au monde. J'aime ça. L'an dernier j'ai encore fait la course seule. Il ne faut jamais relâcher sa concentration. Il faut gérer sa navigation, son alimentation en mangeant toutes les 40-45', son hydratation, etc. Finalement il y a beaucoup de choses à penser. »
Penser, sans oublier de lever la tête pour profiter de la magie de l'endroit. « Dans le désert, quand le jour se lève, une nouvelle histoire semble commencer, éclaire Alexandra qui courra cette année pour les associations Retina France (contre les maladies de la vue) et Meuphine (favorisation de l'intégration des enfants handicapés). Tous les compteurs semblent remis à zéro. C'est comme un livre dont on découvre une nouvelle page. » Un livre avec de sacrées belles images.
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Vous n'êtes pas sans ignorer que les Jeux olympiques d'hiver débutent ce vendredi. Cet espace sera donc occupé durant les épreuves par une chronique quotidienne consacrée à l'actualité live from Vancouver. Cette chronique hebdomadaire "outdoor" reprendra donc le mercredi 3 mars.
Après 45 jours en autonomie totale passés en Antarctique (voir chronique "Frissons polaires"), l'expédition Holtanna, composée de Géraldine Fasnacht, Sébastien Collomb-Gros, Sam Beaugey et Manu Pélissier, est de retour. Après avoir notamment réalisé le premier saut de falaise en basejump du continent Antarctique du haut du Holstinnd (2577 m) ou encore atteint le sommet de l'Holtanna après 27 heures d'effort (puis saut en wingsuit pour certains), les quatre membres du team, ont parcouru, à skis et tractés par leur kite-snow (grande voile), les 200 km séparant leur camp de base de la base russe de Novolarevskaya (à lire sur www.lineprod.ch).
Pascal Grégoire-Boutreau
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Prudent au moment d'aborder l'étape de Wengen, Alexis Pinturault en repart avec un peu...