LE CONTEXTE. Dans un pays, l'Autriche, dont le massif alpin recouvre 80 % du territoire, Innsbrück, capitale du Tyrol, accueille les 1111 athlètes, dont 197 femmes, venus de 36 pays. De nouvelles nations participent, telles l'Inde, la Mongolie, la Corée du Sud et celle du Nord.
Le gouvernement autrichien a engagé des dépenses faramineuses, en infrastructures et équipements techniques : des ponts et des routes sont élargies et des hôtels construits. Et pourtant, de nombreux incidents viennent perturber le début de la quinzaine olympique. En cette fin de mois de janvier, le ciel est bleu et le foehn, un vent du sud, souffle le chaud. Conséquence : les autorités doivent dépêcher 2 000 soldats pour acheminer les 17 000 m3 de neige nécessaires au bon déroulement des épreuves.
Michel Clare, envoyé spécial de L'Equipe, semble agacé dans son édito par le zèle des pandores locaux : « Il arrive que les gendarmes et fonctionnaires vous demandent plus de trente fois votre laisser- passer en deux heures.» Le village olympique est gardé militairement et les journalistes ne peuvent pas rencontrer les athlètes. La cérémonie d'ouverture brille par son gigantisme et les gazettes s'en donnent à coeur joie, Michel Clare comparant Avery Brundage, président du CIO, à « Donald Duck »... Côté français, c'est Alain Calmat, grand favori en patinage artistique, qui emmène une délégation de 28 membres, dont 9 femmes.
Mais, très vite, le succès populaire rencontré vient balayer la morosité ambiante. Près d'un million de spectateurs se bousculent pour assister aux épreuves. Un record. Tout le monde est séduit : « Innsbrück a organisé les Jeux de la perfection et il sera difficile de faire mieux dans 4 ans à Grenoble», précise Serge Lang, journaliste à L'Equipe.
L'U.R.S.S. arrive en tête au tableau des médailles avec 25 récompenses, la France et l'Autriche dominent les débats en ski alpin (13 médailles) et la Norvège revient en force avec 15 médailles, dont 7 en ski nordique.
La performance individuelle de ces Jeux revient à la Russe Lydia Skoblikova, qui s'impose dans les quatre épreuves de patinage de vitesse en 500, 1 000, 1 500 et 3 000 m. Avec six médailles d'or sur l'ensemble de sa carrière (1 500 et 3 000 m en 1960), Lydia Skoblikova reste, à ce jour, la deuxième athlète la plus titrée des JO d'hiver, juste derrrière l'intouchable Norvégien Bjorn Daelhie (huit médailles d'or).
En ski alpin, la descente est remportée par l'Autrichien Egon Zimmermann, le Français Léo Lacroix termine deuxième.
En ski nordique, le Finlandais Eero Mantyranta réalise le doublé (15, 30km) à plus de 20 km/h de moyenne. Mais cet exploit est éclipsé par la performance réalisée par Sixteen Jerneberg, 36 ans. Surnommé le dieu du ski nordique, le Suédois, déjà sacré aux Jeux de Cortina d'Ampezzo en 1956, récidive sur 50 km. Michel Clare, envoyé spécial de L'Equipe, n'hésite pas à le comparer au grand Fausto Coppi. Il est encore aujourd'hui le troisième athlète le plus médaillé des JO d'hiver, derrière Daehlie (12) et Raissa Smetanima (10 en ski de fond).
LES FRANCAIS. Innsbrück annonce le renouveau du ski français. La délégation française récolte 7 médailles (2 d'or et 5 d'argent), la meilleure moisson depuis les JO de Chamonix en 1924 . Le public français découvre les soeurs Goitschel. L'une est taillée dans le marbre, elle a une voix rocailleuse et en impose à son auditoire : c'est Marielle, 19 ans. Elle remporte le slalom géant et prend la deuxième place en spécial. L'autre, Christine, d'un an son aînée, est plus réservée mais tout aussi talentueuse. Elle rafle l'or en slalom spécial et l'argent en géant. Léo Lacroix et François Bonlieu complètent le palmarès français en ski alpin. En descente, Lacroix obtient la médaille d'argent, 82/100e seulement derrière l'Autrichien Egon Zimmerman. Quant à Bonlieu, il apporte le premier titre olympique français en géant. Jean-Claude Killy est 5e de cette course. Grosse déception en patinage artistique où Alain Calmat, champion d'Europe à Grenoble trois mois plus tôt, craque dans le programme libre. Il chute à deux reprises et c'est l'Allemand Manfred Schnelldorfer qui le condamne à l'argent olympique.

Prudent au moment d'aborder l'étape de Wengen, Alexis Pinturault en repart avec un peu...