La tête à dix centimètres de la glace, sur une piste qu'on dévale à plat ventre et à toute allure, cela promet une belle augmentation d'adrénaline. Avide de sensations fortes, c'est ce qui a poussé Philippe Cavoret, 36 ans, à se lancer dans la pratique du skeleton, il y a douze ans. «
Au départ, j'ai commencé par faire du bobsleigh, quand la piste de La Plagne a été construite pour les Jeux Olympiques en 1992, raconte l'intéressé.
Ce que je voulais, c'était piloter. Mais, à l'époque, on cherchait surtout des pousseurs. Alors, je me suis tourné vers le skeleton, tout seul. Au début, il y a eu pas mal de bleus, le temps d'apprendre(rires).
Puis j'ai persévéré, parce que j'aimais bien.» Pourtant Philippe aurait pu tout lâcher, la faute à un sport trop peu pratiqué en France. «
Quand j'ai commencé, nous étions seulement quelques-uns à faire du skeleton, poursuit-il.
Personne ne partait à l'étranger et on comparait nos résultats entre nous. S'il fallait se déplacer quelque part, on y allait avec nos propres moyens. Dans de telles conditions, ce n'était pas facile de progresser.»
Aujourd'hui, toutefois, la situation a évolué, dans le bon sens. Pour la première fois, le petit monde du skeleton français sera associé à celui du grand frère, le bobsleigh. Ce qui sous-entend un encadrement commun : manager, chef d'équipe, entraîneur, kinésithérapeute. Sinon, au cours des dernières saisons, la Fédération des sports de glace versait une somme annuelle de 15 000 euros pour permettre à Philippe Cavoret et à son complice Grégory Saint-Geniès de disputer les compétitions internationales. «
Mais cela suffit juste à payer les frais de déplacement.» Pour la fabrication et l'entretien du matériel, c'est le système D. «
Mon skeleton, je l'ai construit avec un ami, déclare Cavoret.
Les patins, en revanche, il faut les acheter à la Fédération. Comme on n'a pas beaucoup de sous, on ne peut pas faire de recherche et construire des prototypes. Avec ce que nous donne la fédé, on peut mettre 1 500 euros dans la construction d'un skeleton. Mais, pour être compétitif, il faut mettre au moins la même somme de notre poche.»
Malgré ces difficultés, la passion l'emporte cependant. Pour bien se préparer aux Jeux de Salt Lake City en 2002, Philippe Cavoret n'a pas hésité à lâcher son école de ski nautique d'Aix-les-Bains. A l'arrivée, une 17e place sur la piste olympique, jugée décevante : «
J'avais terminé quatrième au même endroit quelques semaines plus tôt. Mais les Jeux, au niveau des souvenirs, ça reste quand même un événement extraordinaire à vivre.» Et, aujourd'hui, il ne regrette pas d'avoir tout misé sur le skeleton : «
Si c'était à refaire, je n'hésiterais pas. J'étais tout à fait conscient que je pouvais échouer.» Avec un statut de sportif de haut niveau et une place parmi les dix meilleurs mondiaux de la discipline, difficile de vivre encore de sa passion. Philippe bénéficie d'une aide du Ministère de la jeunesse et des sports d'environ 6 000 euros et touche également 4 500 euros de la ville d'Aix-les-Bains. A côté, il a aussi créé une société spécialisée dans les attractions à sensation et gérée avec une autre personne.
Pas évident, non plus, de faire parler de soi. Les médias sont peu présents : «
Un peu plus que d'habitude avant les Jeux de Salt Lake City, quand même. Quant à la fédé, elle ne fait assez au niveau de la communication.» A raison de séances d'entraînement quotidiennes - préparation physique et glisse à La Plagne, seule piste française - Philippe Cavoret a maintenant le regard tourné vers les Jeux de Turin en 2006. Son dernier grand rendez-vous ? «
Je suis quasiment sûr d'arrêter après. D'abord en raison de l'âge, ensuite parce que j'ai envie de vivre autre chose, d'avoir une autre vie.» Le repos du guerrier en quelque sorte.

Prudent au moment d'aborder l'étape de Wengen, Alexis Pinturault en repart avec un peu...