Le kayak-polo est la réunion de plusieurs disciplines. Sur le site Internet de la fédération française de canoë-kayak, il est mentionné que ce sport est au croisement du basket, du water-polo et du football américain. Yves-Marie Denis, joueur international et ancien capitaine de l'équipe de France, préfère évoquer un rapprochement avec le hockey sur glace pour le «
contact et la polyvalence des joueurs». Une telle pluralité entraîne une maîtrise de plusieurs qualités physiques et techniques. «
D'abord, il faut savoir faire du kayak, glisse en riant Denis.
Cela paraît évident, mais c'est une pratique qui est difficile à apprivoiser. Et puis, il y a aussi une grosse préparation physique. Les rencontres sont très courtes et donc intensives. Enfin, comme tout joueur de sport collectif, il faut savoir manier le ballon, avoir le sens du placement et une bonne vision du jeu.» Rien que ça !
Cette discipline originale, Yves-Marie Denis est tombé dedans il y a près d'une dizaine d'années : «
Avant, je faisais de la course en ligne. Mais j'ai toujours été attiré par les sports collectifs. C'est donc venu naturellement. J'aime bien l'eau aussi.» Le kayak-polo présente la particularité de pouvoir se jouer en extérieur comme en intérieur, c'est-à-dire sur un plan d'eau naturel ou en piscine. «
La seule chose qui compte, c'est la dimension du terrain de jeu, reconnaît Jean-Philippe Winiarski, directeur des équipes de France et conseiller technique.
Là-dessus, entre nous, les avis sont partagés. En général, les kayakistes aiment évoluer en plein air.»
D'une activité curieuse et ludique, le kayak-polo est devenu aujourd'hui un sport encadré et internationalisé. La discipline est arrivée en France au début des années 1980. A l'heure actuelle, 1 500 pratiquants sont recensés dans notre pays, alors que le premier Championnat national s'est déroulé en 1984. Un Championnat du monde a vu le jour en 1994 et se tient depuis toutes les années paires, en alternance avec l'Euro. La prochaine édition continentale est prévue en septembre à Madrid. En France, la sélection nationale se divise en trois collectifs : hommes, femmes et moins de 21 ans masculins. Avec, pour chacun, des résultats flatteurs (
voir ci-contre) et des ambitions. «
Les filles sont sur le podium depuis de nombreuses années, mais nous avons rarement atteint la finale. C'est notre objectif, clame Winiarski.
Pour les garçons, il faut, au contraire, renouer avec les trois premières places. Notre équipe paraît solide pour y parvenir.» Outre l'Euro, les équipes de France ont également dans le viseur les Jeux Mondiaux, prévus cet été à Duisbourg, qui réunissent vingt-trois disciplines non-olympiques.
A la tête du collectif France, se trouve un homme : Jean-Philippe Winiarski, seul personnage à bénéficier d'un statut professionnel dans le petit monde du kayak-polo tricolore. Evidemment, l'homme ne travaille pas seul. Pour chaque équipe nationale, un ou deux entraîneurs sont chargés de repérer les joueurs. Des stages de sélection sont ensuite organisés. Jeune discipline dans l'Hexagone, le kayak-polo s'est néanmoins solidifié. Depuis quatre ans, les joueurs internationaux sont reconnus comme sportifs de haut niveau. «
C'est bien car si on a besoin de prendre une journée par rapport à notre travail, cela nous sera accordé», reconnaît Yves-Marie Denis, professeur des écoles. Une aide financière est également fournie par la fédération, à hauteur de 500 à 600 euros par personne, notamment pour les déplacements des internationaux. Mais, pour compenser un onéreux voyage au Japon l'an dernier pour le Mondial, les joueurs devront mettre la main à la poche pour aider à l'organisation.
En dépit d'une appartenance à une fédération olympique, le kayak-polo n'en reste pas moins confiné dans l'anonymat. Que faire pour y remédier ? Une participation aux Jeux ? «
Nous n'avons pas trop d'illusions, admet Winiarski.
Déjà que le kayak tente de se maintenir au programme olympique...» Le public et les médias ne sont pas nombreux non plus. «
Les gens ne se battent pas pour venir, constate le directeur des équipes de France.
Ensuite, c'est selon ce que les organisateurs ont prévu. Pour le dernier Mondial, au Japon, il y a eu du monde, la télé. C'était fantastique. Mais, avant, cela s'est passé en Irlande. Là, il n'y a rien eu. Pour la presse, au niveau régional, ça va. Les journaux locaux relaient l'information. Mais ça ne va pas plus haut.»
Quoiqu'il en soit, joueurs et membres de l'encadrement ne baissent pas les bras. «
C'est vrai qu'il faut être motivé par moment, mais cela ne tempère pas la pratique, avoue Yves-Marie Denis.
Moi, cela ne me dérange pas. Je fais de beaux voyages et la vie de groupe est agréable. Cela pèse davantage dans la balance.» «
Les pays dominants en kayak-polo sont les Pays-Bas et l'Allemagne, raconte Jean-Philippe Winiarski.
Mais leurs sélections nationales sont articulées généralement autour d'un seul club. Nous, nous sommes plus forts pour développer des activités de masse et travailler sur la durée. En revanche, il faut rester vigilant sur le haut niveau. Mais, dans dix ans, nous serons toujours là.»

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