Le Pakea coupe le sillage des cargos, enchaîne les bords face aux falaises du golfe de Biskaye. Cet après midi-là, la mer est clémente, propice aux derniers réglages. Une dernière sortie à la maison, celle des ultimes tests de voilerie. Unaï Basurko est à la manoeuvre sur le pont du Pakea Biskaia. Un open 60 de 18 mètres avec lequel le skipper de Portugalete va prendre le départ du Vendée Globe 2008. Un projet porté depuis quatre ans par ce Basque de 35 ans, titulaire d'un diplôme d'avocat. Mais aux effets de manche et à la robe noire, Unaï a toujours préféré les tirages de bords, le ciré, les prises de ris et la navigation en solitaire. Pendant 20 ans, il navigue le long de ces côtes basques pour s'envoler en 1997 vers l'Australie où il réalise son apprentissage de la course au large aux côtés de Kanga Birtles. Issu d'une famille aisée, Unaï, la barbe fournie et le cheveux ras, affiche la simplicité de ceux qui sont en perpétuelle souffrance, celle du départ vers le large. Avec Gonzalo, son copain d'enfance, Basurko partage un appartement avec vue sur l'horizon. Un horizon sur lequel il va bientôt surfer.
Le mat noir en carbone de 35 mètres de haut toise le port de plaisance de Getxo. Amarré en bout de quai, safrans relevés, le Pakea attend son heure. Celle de la «despedida », de l'adieu à Portugalete et au Puerto Viejo. L'équipe est réduite et le budget, environ trois millions d'euros, l'un des plus minces de la flotte. L' «équipe »est fin prête. « C'est ce qu'il y a de très paradoxal dans tout ça », confie Olivier Bellostas, le chef de projet français du Pakea Biskaia. « Unaï va partir seul autour du monde mais la préparation ne peut s'effectuer autrement qu'en équipe.» Le Pakea Biskaia, conçu pour terminer pas pour gagner, est robuste et un peu atypique. Sorti du chantier australien de Jervis Bay dans le nord de Sydney en 2004, il aurait presque des airs de Team New-zealand, tant sa coque toute noire en impose. Large, une ligne de flottaison basse, ce n'est pas un monstre de technologie, c'est une bête de course. Le confort y est spartiate, le carré réduit à sa plus simple expression entre le chauffe-eau à gaz et la table à carte. Un seul mot d'ordre : légèreté et rapidité.
Olivier Bellostas a rencontré Unaï en 2003 au départ de la solitaire du Figaro. Depuis il a tout largué. Son usine de mécanique dans les environs de Pau, sa copine et sa vie de terrien. « Regardez, c'est le chemin du boulot, et c'est comme ça tous les matins», lâche t-il le sourire aux lèvres alors que nous approchons du Pakea en bout de ponton. « Ca me change des odeurs d'huiles, du bruit des machines ». « Unaï est un personnage, un marin, un vrai. Il ne parle que de ça du soir au matin. La voile est un engagement entier pour lui. » Engagé, Unaï Basurko l'est et ne s'en cache pas. A commencer par le nom de son bateau : Pakea Biskaia, la paix de Biskaye. « Pour moi, c'est une manière de dire aux gens : venez ici, découvrez notre pays, voyez comme les gens sont ouverts sur le monde, n'ayez pas peur ». Ouverts comme le furent jadis les marins basques, les mêmes qui fondèrent les Sables d'Olonnes. Mais les Basques tournèrent ensuite le dos à la mer pour gagner les montagnes, y combattre aussi. Dans une région marquée par la lutte armée et l'échos des bombes, la paix de Biscaye se veut être un véritable message. «Je ne veux pas que mes enfants grandissent dans la violence. La paix n'a jamais été aussi proche et chaque trêve représente un véritable espoir. Faire un tour du monde à la barre d'un bateau comme celui ci, c'est aussi délivrer un message différent », précise Basurko. Un message qui s'affiche également sur la «vela major », sur la grand voile du Pakea. Juste au-dessus des couleurs basques de l'Ikurrina, l'immatriculation EUR pour Europe a remplacé celle normalement attribuée aux bateaux espagnols, ESP.
Aujourd'hui le retour vers le large se veut symbolique pour Unaï au-delà de la politique. « L'image de la voile doit changer en Espagne et ici, chez nous, au pays basque. Les gens croient encore que ce sport est réservé aux riches et aux nobles. » Car pendant des décennies, le «yachting » était affaire du Palais et chose de la famille royale. Basurko a d'ailleurs crée une école de voile pour tenter de démocratiser la discipline. Une réussite, six mois à peine après sa mise à l'eau, l'école compte 120 inscrits. C'est dans l'enceinte de la « escuela de vela » que l'équipe du Pakea a donné rendez-vous à la presse. Un dernier point avec les médias avant de larguer les amarres. Une dizaine de caméras autant de photographes, une affluence exceptionnelle. « Je les connais tous, pour la plupart ce sont des amis de longue date. C'est l'occasion de boire un dernier verre ensemble et de parler du projet ». Car la course au large en Espagne navigue à vue, reléguée en troisième voire en quatrième division médiatique, à des milles lumières du vaisseau amiral football. « Le fait que l'America's Cup se soit déroulée à Valence a contribué à faire sortir la voile de l'ombre mais les gens ici ne s'intéressent pas beaucoup à ces choses-là » souligne un journaliste du quotidien El Pais. « Unaï est sorti de l'anonymat en 2007 grâce à sa troisième place lors de la Velux Cinq Océans(tour du monde à la voile en solitaire avec escales). Il est depuis devenu notre Neptune basque. »

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