Pour les handballeurs français, l'Eldorado n'est pas loin. Ils sont six à savourer le bonheur de porter les couleurs d'un club allemand. Joël Abati est le grand frère du groupe avec dix saisons sous le maillot de Magdebourg. Les frères Gille évoluent à Hambourg depuis 2002. Daniel Narcisse est arrivé à Gummersbach en 2004. Thierry Omeyer a rejoint cet été à Kiel Nikola Karabatic (au club depuis 2005). Tous sont d'accord pour dire qu'ils évoluent sur une autre planète. «En Allemagne, le handball est un sport respecté», affirme Abati, membre de la seule formation allemande qui a gagné la Ligue des champions (en 2002). « On se croirait en NBA », rigole Nikola Karabatic. L'ex-Montpelliérain s'attarde sur le côté spectacle des rencontres : «Je me souviens d'un match entre Kiel et Cologne. Pour l'entrée des joueurs, la salle avait été éteinte mais on avait donné au public des petites lampes.» L'arrivée des Bleus outre-Rhin a commencé avec la génération des Barjots, championne du monde en 1995. «Quand je suis arrivé, il y avait déjà une marque de fabrique française, confie Joël Abati. Volle, Stoecklin et compagnie avaient été à la hauteur. Les Allemands savaient qu'en France nous pouvions être sérieux et combatifs.» Depuis les joueurs français continuent d'arriver et de jouer à très haut niveau. «Le Championnat est très dense, raconte Thierry Omeyer. Je suis plus sollicité en tant que gardien. Je touche cinquante ballons par match, alors qu'en France, je tournais autour de trente à quarante ballons.»
Ce qui ressort le plus entre les Championnat de France et d'Allemagne, c'est l'engouement autour de la discipline. «A Kiel, il y a 10 500 abonnés, explique Omeyer. La ville ne vit que pour le hand. L'équipe de foot n'évolue, elle, qu'en D3.» Autre exemple pour le gardien français : «En France, la plus grande salle contient 3 000 places. En Allemagne, ce sont les plus petites qui ont cette dimension !» «Le public nous suit régulièrement mais de façon civilisée, chaleureuse et discrète, constate Bertrand Gille. Pour nous, c'est une chance. Je ne pense pas que les footballeurs ont droit au même traitement.» Les médias sont là également. «Toutes les semaines, il y a du hand à la télé, poursuit Gille. A Hambourg, la presse écrite nous suit beaucoup. Certains titres ressemblent néanmoins aux tabloïds anglais. Ils n'hésitent pas à remuer la m... (sic).» Il y a au moins un revers de la médaille quand même.
Maintenant, ce pays de cocagne, les joueurs français vont le parcourir sous le maillot de l'équipe nationale. Cela commence samedi par une rencontre contre l'Ukraine à Magdebourg. Chez Joël Abati : «La première seconde, la première minute du match, je vais avoir envie de tout donner devant le public. Et j'espère qu'il me le rendra. C'est exceptionnel d'être présent à un Mondial en Allemagne.» «Qu'il y ait autant de joueurs français issus de clubs allemands, c'est un atout, reconnaît Thierry Omeyer. En plus, chacun a un rôle-clé dans son équipe.» Que du bonheur donc. D'ailleurs Nikola Karabatic est explicite : «Le Championnat d'Allemagne ? Je ne pense pas que je le quitterai».

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